Quand les États parlent d’une « dynamique mondiale », il faut écouter attentivement ce qu’ils sont vraiment en train de construire.
Protéger les enfants est un objectif légitime.
Mais pour interdire réellement les réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans, il faut vérifier l’âge. Et pour vérifier l’âge, on crée une infrastructure d’identification de l’espace public numérique.
Ce n’est pas un détail technique.
C’est un pont entre l’identité civile et l’expression politique en ligne.
Une fois ce pont construit, il devient possible de relier une personne réelle à ses opinions, ses critiques du pouvoir, ses abonnements, ses partages, ses réseaux d’influence, ses causes, ses médias, ses prises de position dans les débats sensibles et sa capacité de mobilisation.
Or, la puissance de X, au-delà de ses excès, tient précisément à la libre circulation de l’information.
C’est l’un des rares espaces où les récits officiels, médiatiques, citoyens, dissidents, étrangers, spécialisés et contradictoires peuvent se rencontrer sans passer entièrement par les filtres traditionnels.
On peut y voir une information émerger, être contestée, documentée, corrigée, amplifiée ou démolie en temps réel.
C’est une forme de collectivisation de l’information.
Et c’est précisément ce qui rend cette infrastructure si sensible politiquement.
Ce n’est plus seulement savoir ce qui se dit.
C’est pouvoir savoir qui pense quoi, avec qui, contre qui, sur quels sujets, à quel moment et avec quelle influence et quelle portée.
Le danger n’est donc pas seulement la censure.
Le danger, c’est la cartographie préalable de ceux qu’il pourrait devenir utile de censurer.
Aujourd’hui, on dira que c’est pour protéger les enfants.
Demain, cette architecture pourra servir à surveiller, classer, ralentir, marginaliser ou neutraliser la dissidence.
Une démocratie peut survivre à la critique.
Elle devrait surtout craindre le jour où elle se donne les moyens techniques d’identifier, de classer et d’administrer ceux qui la formulent.
Car le jour où parler librement exigera d’être identifié, validé et autorisé, nous n’aurons pas protégé les enfants : nous aurons transformé la libre circulation de l’information en privilège administré.
Pour protéger nos enfants des réseaux sociaux, on a créé une dynamique à travers le monde. On continue.