Depuis quelque jours, une véritable chasse à l’homme s’est déclenchée contre certains influenceurs jugés responsables de pertes massives dans l’univers des crypto-actifs.
Une vague de dénonciations s’élève, souvent en bloc, avec des affirmations répétées selon lesquelles « d’innombrables personnes ont perdu de l’argent à cause d’eux ».
Pourtant, à force de lire des commentaires, des prises de position enflammées, des indignations virales, un constat s’impose : je n’ai pas vu un seul témoignage direct, concret, personnel d’une personne racontant sa propre histoire, expliquant précisément comment elle a été influencée, dans quelles conditions elle a investi, et en quoi l’influenceur en question a véritablement causé une perte !
Ce premier constat soulève une question simple mais dérangeante :
- De qui parle-t-on exactement ?
- Dans quelle affaire ?
- Quelles sont les victimes identifiées ?
- Quels sont les faits documentés ?
À l’heure actuelle, ce sont surtout des « on m’a dit que », « beaucoup ont été ruinés », « certains ont tout perdu », sans jamais disposer d’un témoignage circonstancié, contextualisé, retraçant les étapes psychologiques et décisionnelles ayant mené à la perte.
Et lorsque, par exception, un exemple est évoqué, il finit souvent par la phrase : « oui, mais en même temps, il a été complètement "con" d’investir toutes ses économies sur un call de CryptoMatrix ».
Ce qui revient à reconnaître qu’il y a parfois, au cœur de ces histoires supposées, une prise de risque démesurée, un manque de discernement, voire une absence totale de prudence de la part de l’investisseur lui-même.
Je ne nie pas que des gens aient perdu de l’argent. Je dis juste que si on veut juger des influenceurs nommément, il faut des témoignages concrets et factuels, pas des rumeurs.
Ce manque de récits personnels laisse un vide. Pour analyser la responsabilité d’un influenceur, il est nécessaire d’entendre les récits complets de ceux qui se disent victimes :
- Quels leviers émotionnels ou cognitifs ont joué dans leur décision d’investir ?
- Ont-ils perçu le contenu comme une certitude de gain ou comme une simple opportunité potentielle ?
- L’influenceur a-t-il mis en avant des garanties implicites de rendement ?
- A-t-il clairement mentionné qu’il s’agissait d’un contenu sponsorisé ?
- A-t-il rappelé les risques inhérents aux crypto-actifs ?
- A-t-il volontairement enjolivé la réalité ou a-t-il lui-même cru au projet présenté ?
Ce n’est qu’en analysant ces éléments que l’on peut déterminer si un influenceur a manqué à son devoir de vigilance, d’éthique ou de transparence, sans lui attribuer rétrospectivement un rôle d’omniscient qu’aucun être humain ne possède, surtout dans un secteur aussi incertain que la crypto.
Je ne blanchis personne. Je demande qu’on distingue influence, sponsoring honnête et tromperie intentionnelle.
En parallèle, il devient possible d’évaluer l’autre partie du contrat moral :
- Qu’en est-il de l’investisseur ?
- A-t-il cherché à comprendre ?
- A-t-il pris l’information sans la vérifier ?
- A-t-il pris une décision éclairée ou impulsive ?
- A-t-il assumé le risque inhérent à tout investissement, ou s’attendait-il à un gain garanti ?
Une évaluation juste repose donc sur une double analyse : celle de l’éthique de l’influenceur et celle de la responsabilité de l’investisseur.
Dans ce contexte, une deuxième catégorie d’acteurs émerge : ceux qui dénoncent avec véhémence, souvent cachés derrière un anonymat confortable, sans toutefois se déclarer directement victimes ni rapporter de témoignages précis. Leur indignation s’exprime comme un réflexe collectif, une forme de croisade morale, un défouloir social.
Or, un justicier sans victimes identifiables ne protège personne. Il ne fait souvent que flatter son ego et ses plus bas instincts.
Ce serait infiniment plus pertinent et crédible que ceux qui se posent en protecteurs de la communauté :
- Soutiennent de véritables victimes,
- Rapportent des faits concrets et documentés,
- Citent les influenceurs concernés,
- Exposent clairement les manquements réels (absence de mention sponsorisée, mensonge sur les promesses du projet, absence d’avertissement sur les risques, exagération volontaire des bénéfices potentiels).
Sans cela, il ne s’agit pas de justice ni de protection des investisseurs, mais d’une meute en quête de coupables pour étancher une soif de condamnation.
La souffrance existe, mais elle ne justifie pas que l’on condamne à l’aveugle sans faits précis.
On me rétorque : « Mais les vraies victimes sont pas sur X ; pire, elles ont quitté la crypto pour toujours ! ».
- Sur quoi vous vous fondez ?
- Est-ce un fait vérifiable, un témoignage recueilli, ou une hypothèse commode pour alimenter l’indignation ?
Peut-être certaines personnes ont quitté l’univers crypto après une mauvaise expérience, mais cela reste à étayer. Et ne reviendront-elles pas mieux préparées, comme nous l'avons tous fait ici ?
Or, tant qu’il n’y a pas de voix de victimes qui se lèvent pour nommer un influenceur, expliquer une tromperie, illustrer une manipulation, nous restons dans le domaine du flou.
Pour ma part, ayant parlé avec des centaines, voire des milliers d’investisseurs au fil des années, interviewé des membres actifs de la communauté crypto et des entrepreneurs de l’écosystème, une constante se dégage : tous ont connu des erreurs de jugement, parfois lourdes de conséquences.
Pourtant, dans leur immense majorité, ils assument leurs choix, reconnaissent leur précipitation ou leur naïveté du moment, et considèrent ces erreurs comme une étape quasi nécessaire dans leur apprentissage.
Ont-ils honte de l'avouer, où ont-il pris conscience qu'in fine, ils auraient dû se douter que Hasheur était le frère du CEO de Ta-Da ? Et que répondraient-ils à la question "pourquoi tu n'as pas porté plainte ?"
À l’image de l’enfant qui doit parfois se brûler pour comprendre que le feu brûle, ils ont appris à la dure ce que signifie investir sans discernement.
Alors, faut-il diaboliser l’influence ou reconnaître que, bien que parfois maladroite, excessive ou manquant de garde-fous, elle expose aussi les nouveaux venus à une confrontation directe avec la réalité des marchés : incertitude, volatilité, risques, FOMO, cupidité, fragilité décisionnelle ?
Ce choc, bien qu’âpre, devient pour beaucoup un moment charnière dans leur parcours : un point de retour à la prudence, un appel à la vigilance, un éveil à la notion de responsabilité personnelle.
Ce débat ne devrait pas être celui d’une chasse aux sorcières sans faits ni victimes déclarées, mais celui d’une confrontation lucide aux responsabilités partagées dans un écosystème à haut risque.
Ce n’est qu’en recueillant des témoignages réels, en identifiant précisément les manquements, en distinguant influence et manipulation, recommandation et incitation abusive, sponsoring transparent et tromperie délibérée, que l’on pourra avancer.
Autrement, nous ne ferons que crier avec la foule, non pas pour protéger quiconque, mais pour satisfaire une indignation sans objet clair, sans victime déclarée, sans affaire précisément nommée.
Et dans ce cas, ce n’est plus de justice qu’il s’agit. C’est seulement d’une meute en quête de sang.
Que ceux qui souhaite échanger avec moi sur le fond le fasse avec plaisir dans les commentaires. Les autres, je ne chercherai pas à vous convaincre que j'ai davantage raison que vous. Le désaccord est sain.
NOTE IMPORTANTE : À mes débuts, j'ai fait des giveaway, des threads, des AMA sponsos et je m'interdis pas d'en refaire si je trouve que le projet mérite un peu de lumière. Je ne m'en suis jamais caché.
J'ai toujours pris garde d'être honnête dans la présentation (lors des AMA, l'invité était plus malmené qu'autre chose), préciser qu'il s'agissait d'une opération commerciale et rappeler les risques des investissements en crypto-actifs.
Depuis des mois, l'écosystème dans lequel j'évoluais (MultiversX) manquant largement de liquidité et ayant refusé de nombreuses collaborations commerciales qui ne me convenaient pas (wallets, exchange, projets pourris, KOL round...) je ne reçois littéralement plus aucune proposition. Je n'ai donc pas grand chose à perdre ou à gagner dans cette histoire 🤣
NB2 : Je n'ai jamais travaillé avec aucune agence d'influence, ne connais pas Hasheur ni CryptoPicsou, ni CryptoMatrix etc... et n'ai aucun conflit d'intérêt avec eux où des personnes de leur entourage.