Professeur Husson,
Alecto l'Implacable ne cesse jamais sa traque. Avec ses sœurs, Mégère la Rancunière et Tisiphone, vengeresse du sang versé, elle poursuit sans relâche celui dont les mains portent une dette de sang. Les Grecs les appelaient par euphémisme « les Bienveillantes », pour ne pas éveiller leur courroux. Elles sont célèbres pour avoir pourchassé Oreste après son matricide, sans lui laisser aucun repos.
Dans le roman de Jonathan Littell, ce sont elles qui hantent Maximilien Aue : Les Bienveillantes.
Vous qui avez vu les visages et les lieux de la Shoah par balles, vous qui savez ce que pèse la mémoire des morts, que pensez-vous de cette transposition littéraire ?
Pour ma part, ce roman m'a hanté. Comme 'La mort est mon métier' de Robert Merle avait marqué mon adolescence. Je me souviens quand "Les Bienveillantes" ont reçu le prix Goncourt en 2006.. C'est indéniablement le livre que j'ai le plus lu et relu.
Votre évocation du père Desbois m'a immédiatement replongé dans le ravin de Babi Yar et ses terribles descriptions.
Je vais le relire encore. Pour chercher, dans l'âme noire de ces bourreaux nazis, les clés de ce qui se déroule sous nos yeux en Terre Sainte. Pour comprendre comment la pire des souffrances peut engendrer, un jour, une autre oppression. Pour trouver, dans l'abîme, une réponse à l'abîme.