Une micro-cap américaine de boulettes et de poulet préparé,
$MAMA, a vu son chiffre d'affaires bondir de près de 40 % l'an dernier, et de 50 % au dernier trimestre.
Et pourtant, je ne l'achète pas. Voici pourquoi.
Jour 1 de ma semaine grande consommation 🛒 :
Cinq valeurs, cinq angles différents pour décortiquer un secteur que tout le monde croit connaître.
Je commence volontairement par la plus petite, la moins suivie, avant d'arriver aux géants. Parce que Mama's Creations pose, en miniature, la question centrale de tout le secteur : combien suis-je prêt à payer pour de la croissance ?
🔹 Le modèle.
Mama's Creations fabrique des plats préparés de rayon traiteur, le « deli » américain : poulet cuit, boulettes, sauces, salades. Le tout vendu frais en grande distribution et en clubs-entrepôts, aux États-Unis.
Une direction de grande consommation, arrivée en 2023, a transformé une petite affaire familiale en plateforme industrielle, et vient d'acheter son propre outil de production de protéines pour intégrer verticalement ses coûts.
🔹 Le moat.
Il est mince, et honnêtement c'est le point le plus important. L'avantage naissant vient de l'échelle industrielle et du rôle de « chef de rayon » chez quelques enseignes.
Mais deux clients pèsent à eux seuls plus de la moitié des ventes, dont près de 38 % pour un seul. Quand deux acheteurs tiennent votre carnet de commandes, ce n'est pas vous qui avez le pouvoir de prix. Une part de marché n'est pas une rente.
🔹 Les chiffres.
Chiffre d'affaires multiplié par 3,6 en cinq ans, jusqu'à 172 M$.
Bilan en trésorerie nette.
Rentabilité du capital (le ROIC) autour de 10 %, au-dessus de son coût du capital.
Mais la marge d'exploitation plafonne encore à 4 %, et le bénéfice par action n'est que de 0,13 $.
🔹Le contre-pied que le marché a manqué.
À plus de 100 fois ses bénéfices, le cours ne price pas la croissance d'aujourd'hui : il price celle de demain. En inversant ma valorisation, le cours actuel suppose une croissance du chiffre d'affaires d'environ 50 % par an, pendant cinq ans. Cela ferait passer Mama's de 172 M$ à plus de 1,3 Md$ de ventes.
C'est l'hypothèse, implicite, que signe l'acheteur d'aujourd'hui.
🔹Ma thèse.
J'admire l'exécution, et le pari est clair : transformer l'échelle en marge, de 4 % vers 8 à 10 %. S'il réussit, c'est un beau dossier. Mais mes deux méthodes de valorisation convergent sur une juste valeur centrale autour de 8 $, quand le cours est à près de 15 $.
On n'est correctement payé que si le scénario parfait se réalise.
🔹Ce qui peut mal tourner. La perte du premier client suffirait à faire vaciller la thèse. La marge peut plafonner. Et à ce niveau de valorisation, la moindre déception se paie cash.
🔹Mes niveaux, ceux auxquels j'envisagerais d'intervenir pour mon propre compte :
- Vers 12-13 $ : je commence à regarder sérieusement, même si le titre reste cher.
- Vers 10 $ : premier renforcement envisagé, sur un support technique, là où la prime sur ma juste valeur centrale se réduit nettement.
- Sous 6 $ : achat plus franc, là où le support rejoint le bas de ma juste valeur (proche du plus-bas de l'année à 7,90 $), à condition que la thèse reste intacte.
Ce sont mes niveaux, pas une recommandation.
La vraie question de la semaine commence ici : jusqu'où paieriez-vous pour de la croissance ?
Demain, jour 2, on ira en Grèce pour creuser Krikri Milk.
Penser long, investir juste.