Ă la demande gĂ©nĂ©rale, voici un rĂ©sumĂ© beaucoup plus grand public, contextualisĂ© et pĂ©dagogisĂ© par votre serviteur de lâintervention dâArthur Mensch devant la commission dâenquĂȘte sur la souverainetĂ© numĂ©rique.
Comment fonctionne lâIA, pourquoi câest important dâavoir une IA française
- LâIntelligence artificielle consiste Ă faire effectuer par des ordinateurs ou des robots des tĂąches complexes qui jusquâĂ rĂ©cemment Ă©taient uniquement faisables par des humains.
- Câest une rĂ©volution technologique de la mĂȘme ampleur que lâinvention du monteur Ă explosion ou de lâĂ©lectricitĂ©.
- La diffĂ©rence entre un pays qui embrasse lâIA et un pays qui ne le fait pas sera la mĂȘme quâentre pays industrialisĂ©s et pays non industrialisĂ©s au XIXe siĂšcle (en gros quand lâEurope peut se permettre de coloniser la planĂšte et dĂ©pecer la Chine.) il est donc indispensable que la France et lâEurope embrassent lâIA sous peine de perdre la maĂźtrise de leur destin.
- LâIA consiste en des « modĂšles » qui sont des logiciels qui exĂ©cutent les instructions quâon leur donne. Câest la couche supĂ©rieure qui est en interface directe avec les entreprises et les particuliers. Pour fonctionner ces modĂšles ont besoin dâimmenses ordinateurs empilĂ©s dans des entrepĂŽts quâon appelle data center ou centres de calcul en bon français. Ces centres de calcul ont besoin de microprocesseurs et dâĂ©lectricitĂ© pour fonctionner.
- Dans la chaĂźne de valeur, ce sont les fournisseurs de modĂšle, comme Mistral, seul champion europĂ©en du secteur, qui ont les meilleures marges. En consĂ©quence de quoi Mistral est bien positionnĂ© pour redescendre la chaĂźne de valeur, câest Ă dire finir par produire in fine ses propres centres de calculs, puis ses propres microprocesseurs.
- La stratĂ©gie historique de lâEurope dâessayer de construire des centres de calculs directement sans avoir de champions au niveau des modĂšles a eu du mal Ă porter ses fruits car les marges Ă©tant faibles sur lâactivitĂ©, il fallait du volume, or les AmĂ©ricains dĂ©jĂ installĂ©s comme Amazon ou Google bĂ©nĂ©ficiaient de gros volumes amĂ©ricains, pouvaient investir massivement dans la R&D et Ă©taient donc plus difficilement rattrapable.
- Grùce aux fortes marges des modÚles, Mistral a une chance de rester dans la course de financer directement (en créant des filiales) ou indirectement (en commandant à des fournisseurs européens) toute la chaine de valeur du centre de calcul.
Lâimportance Ă©conomique de lâIA
- On estime quâĂ lâhorizon des 4 prochaines annĂ©es, lâEurope dĂ©pensera lâĂ©quivalent de 10% de sa masse salariale en IA. Câest-Ă -dire que pour chaque employĂ© payĂ© 50k⏠par an, elle aura 5k⏠de dĂ©penses en IA pour lâĂ©pauler ou le complĂ©ter. Ă lâĂ©chelle de lâEurope, cela veut donc dire des besoins estimĂ©s Ă 1000 milliards par an. LâEurope est en excĂ©dent comercial de 120 milliards. Si elle commande lâessentiel de son IA Ă lâĂ©tranger, cela signifie un dĂ©ficit commercial massif infinançable.
- LâEurope nâa par ailleurs pas beaucoup le choix dans la vitesse dâĂ©quipement en IA, car les entreprises europĂ©ennes qui tarderont Ă sâĂ©quiper en IA seront moins compĂ©titives, perdront des parts de marchĂ©, et donc creuseront le dĂ©ficit commercial.
- La seule solution pour une Europe qui ne se paupĂ©rise pas est donc dâavoir les chaĂźnes de valeur de lâIA sur son propre territoire, qui bĂ©nĂ©ficient Ă sa propre Ă©conomie.
Mensch estime les besoins Ă©lectrique nĂ©cessaires pour rĂ©pondre Ă la demande IA. LĂ je trouve ses chiffres incohĂ©rents. Il a dĂ» faire plusieurs jeux dâhypĂŽthĂšses sans rester stable sur les bornes choisies.
- Mais pour simplifier, Ă 4 ans si la France a besoin de lâĂ©quivalent de 10% de sa masse salariale en IA, cela signifie quâelle aura besoin de 100 Ă 150 Twh dâĂ©nergie supplĂ©mentaire. Elle a aujourdâhui un excĂ©dent de 89 Twh quâelle exporte Ă bas coĂ»t. La pĂ©riode dâĂ©lectricitĂ© excĂ©dentaire est non seulement bientĂŽt finie, mais la France a donc besoin de 4 ou 5 EPR2 nouveaux dans les 5 ans. Autant dire que nous nây sommes pas du tout.
- LâĂ©lectrcitiĂ© ne reprĂ©sente que 10% des coĂ»ts de la chaĂźne de valeur. Cela signifie quâexporter son Ă©lectricitĂ© vers lâAllemagne comme aujourdâhui fait perdre Ă la France 90% de la valeur quâelle pourrait tirer de son nuclĂ©aire.
Urgence stratégique
- Si la France et lâEurope se retrouvent Ă importer lâessentiel de son IA de lâĂ©tranger, elle nâaura aucun levier de nĂ©gociation sur son avenir. Si elle est exportatrice dâIA, elle pourra nĂ©gocier. Aujourdâhui Mistral fait 70% de son CA hors France et 25% hors dâEurope.
- Il y a une urgence Ă investir aujourdâhui dans la construction de centres de calculs en France, pour utiliser notre Ă©lectricitĂ© Ă bon escient dâune part, ne pas avoir Ă utliser des modĂšles amĂ©ricains dâautre part. Les AmĂ©ricains ont prĂ©vu dâinvestir 1000 milliards en 2026, ce qui leur permet de se dĂ©ployer en Europe, et dâabsorber les excĂ©dent Ă©lectriques français en les achetant Ă lâavance.
- Lâenjeu nâest donc pas seulement dâavoir des centres de calculs en France, mais aussi des centres de calcul Mistral plus quâOpen AI en France.
- La seule façon de grandir Ă la bonne vitesse, câest que lâEurope utilise sa commande publique. En Europe 50% du PIB est menĂ© par la commande publique, mais on se refuse Ă lâutiliser de façon stratĂ©gique, alors que les Ătats-Unis depuis les annĂ©es 40 sâen sont servis pour faire Ă©merger leur industrie de semi conducteurs et itnernet hier, lâIA aujourdâhui.
- La mĂ©thode europĂ©enne qui consiste Ă subventionner est mauvaise, ce quâil faut câest passer des commandes publiques massives, et de prĂ©fĂ©rence en haut de chaine (des services IA), ce qui entraĂźne tout le secteur, et pas en bout de chaĂźne (commander des centres de calcul ou des processeurs)
- Aujourdâhui lâEurope souffre dâun empilement rĂ©glementaire qui favorise les entreprises assez grosses pour gĂ©rer la complexitĂ©, soit les entreprises amĂ©ricaines. Ainsi alors que le rĂ©glementaire devait protĂ©ger les entreprises europĂ©ennes, il a au contraire bridĂ© lâĂ©mergence de champions europĂ©ens.
- Cependant il ne faut pas croire entiĂšrement le rĂ©cit amĂ©ricain « lâEurope nâa pas dâentreprises tech gĂ©antes car elle rĂ©glemente trop ». Câest un discours colonialiste visant Ă faire porter toute la responsabilitĂ© de sa colonisation sur le colonisĂ©, alors que lâEurope souffre de la domination agressive et gĂ©opolitiques des Ătats-Unis qui dĂ©fendent becs et ongles leurs entreprises, en leur donnant des contrats publics Ă la maison, en empĂȘchant de les brider Ă lâextĂ©rieur. Câest une lutte, il faut entrer dans la lutte.
- Si lâUE doit jouer son rĂŽle en simplifiant ses normes et en participant Ă crĂ©er un marchĂ© commun unifiĂ©, les enjeux de court terme sont dans la main des Ă©tats : commande publique Ă©tatique (exemple du Luxembourg), surplus Ă©nergĂ©tique national, champions industriels nationaux, etc. La France doit se battre et ne pas tout attendre de lâĂ©chellon europĂ©en.
Critiques sur lâimpact Ă©cologique de lâIA
- Lâimpact Ă©cologique de lâIA est trĂšs exagĂ©rĂ©, dâune part parce quâil y a peu de technologies qui sont aussi denses et qui donc rĂ©clament aussi peu dâemprise au sol, dâautre part parce que les consommations dâeau et dâĂ©lectrcitiĂ© mises en avant dans la presse grand public sont obsolĂštes depuis un moment, la technolgoie Ă©tant de plus en plus efficiente.
- Surtout, lâEurope consomme dĂ©jĂ de lâIA, et en consommera de plus en plus pour assurer sa survie. La question est donc de savoir oĂč elle sera localisĂ©e. Or localisĂ©e en France avec son Ă©nergie nuclĂ©aire dĂ©carbonnĂ©e, lâIA aura un impact Ă©cologique bien meilleur quâau Texas avec des centrales Ă gaz. (Lâalternative aujourdâhui quand on consomme chez OpenAI)
- Si lâEurope a des gĂ©ants de lâIA, elle aura son mot Ă dire sur les normes et les arbitrages Ă©cologiques, si elle nâen a pas, elle subira les dĂ©cisions Ă©cologiques des autres.
Armée
- Mistral travaille avec les armĂ©es françaises. Contrairement Ă des sociĂ©tĂ©s amĂ©ricaines comme Anthropic qui refusent lâalliance avec des militaires, Mistral considĂšre quâils nâont pas la lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique pour dĂ©cider a priori de refuser de contribuer Ă la dĂ©fense de leur pays.
- En outre lâIA devient un Ă©lĂ©ment essentiel de la disuasion militaire. De plus en plus on envoie pas de soldats sur le front mais des robots, et des robots qui ne sont pas pilotĂ©s par des humains mais par des IA. Donc ne pas avoir de bonnes IA, câest de pas ĂȘtre souverain militairement, et ĂȘtre en grande faiblesse.
- Concernant lâenjeu de cyberdĂ©fense, les IA permettent de trouver de plus en plus de vulnĂ©rabilitĂ© dans les infrastructures critiques. Leur progression est linĂ©aire et attendue. Il nây a pas de rupture surprenante.
- Quand Anthropic a fait de son modĂšle Mythos un modĂšle trĂšs dangereux capable de mettre Ă bas toute lâinformatique mondiale et rĂ©clamant une rĂ©action globale coordonnĂ©e, on est plus sur du marketing de la peur que sur une vraie avancĂ©e radicale.
- NĂ©anmoins lâenjeu cyber est dĂ©sormais indissociable de lâIA, et les pays sans IA verront leurs infrastructures numĂ©riques Ă la merci des pays avec IA.
Lâimpact Ă©conomique de lâIA
- LâIA va produire Ă court termes trois chocs simultanĂ©s sur notre Ă©conomie :
1. Elle va profondĂ©ment changer la structure des emplois, en remplacer, modifier leurs contenus, crĂ©er de nouveaux besoins. On va avoir besoin de beaucoup moins de niveau junior dans les services, de beaucoup plus dâĂ©lectriciens. Et la transition ne sera pas sur des dĂ©cennies, mais des trimestres.
2. Inflation : la demande en Ă©lectricitĂ© va exploser, donc les prix de lâĂ©lectricitĂ©, et par rĂ©percution inflation sur toute lâĂ©conomie (puisquâil faut de lâĂ©nergie pour tout produire)
3. Le dĂ©ficit commercial va exploser, comme vu plus haut, car Ă court terme au moins nous allons consommer beaucoup plus dâIA amĂ©ricaine, et mĂȘme remplacer des logiciels et humains français par de lâIA amĂ©ricaine.
- LâIA a de fortes chances de faire augmenter la productivitĂ©, et donc potentiellement les salaires et la croissance Ă©conomique. Chez Mistral, la productivitĂ© des ingĂ©nieurs a Ă©tĂ© multipliĂ©e par 2 en 6 mois, ils nâĂ©crivent plus de code Ă la main. Pour le service client, la productivitĂ© a Ă©tĂ© multipliĂ©e par 5.
- Lâimmense enjeu Ă©conomique de lâIA est le suivant : on va de plus en plus remplacer du travail par de lâIA, donc du travail par du capital. Or tout notre systĂšme social et Ă©conomique repose sur le travail. Si lâargent ne va plus au travail mais au capital, on peut se dire que lâon peut toujours taxer le capital. Mais si le capital est Ă©tranger, il y a une Ă©norme dĂ©perdition de valeur, et au lieu de payer des employĂ©s français, les entreprises françaises vont payer des logiciels amĂ©ricains. Tout lâenjeu est donc dâavoir de lâIA française.
- Qui profitera des dividendes de lâIA ? Les AmĂ©ricains qui pourront les rĂ©investir chez eux et creuser toujours un peu plus lâĂ©cart, ou les Français qui pourront ainsi maintenir leur modĂšle social et rester dans la course technologique ? Aucune question Ă©conomique nâest aujourdâhui plus importante.
- LâIA nâest pas une bulle. Un centre de calcul coĂ»te 50 milliards Ă construire, mais crĂ©e 200 milliards de valeur pour le client, dont 100 milliards captĂ©s par le fournisseur dâIA. Les chiffres tiennent la route, Ă condition de ne pas se faire voler ses clients par les gĂ©ants de la tech amĂ©ricaine.
Souveraineté cognitive
- Les modĂšles dâIA ne sont pas neutres, il propagent une vision du monde, son dĂ©pendants des corpus sur lesquels ils ont Ă©tĂ© entraĂźnĂ©s, de lâidĂ©ologie de lâentreprise qui les produit, des personnes qui les ont post-entraĂźnĂ©s, et de la langue utilisĂ©e.
- Cela signifie quâune France sans IA propre est une France qui nâa plus dâindĂ©pendance cognitive, mais qui est soumises toute entiĂšre aux reprĂ©sentations culturelles et aux choix idĂ©ologiques Ă©trangers. Ce serait donc mĂȘme la fin de la France en tant que nation singuliĂšre, car de plus en plus nous nous en remettons Ă lâIA pour nos dĂ©cisions, recherches, Ă©ducation.
- LâidĂ©ologie de lâIA nâest pas quâimplicite, elle est dĂ©jĂ la rĂ©sultante de luttes, avec nombre de pays qui essayent dâinfluencer les corpus dâentraĂźnement et les contenus appelĂ©s par les IA.
- Dans un futur ou toute information et toute dĂ©cision est mĂ©diĂ©e par lâIA, ne pas avoir sa propre IA pour un pays câest ne plus ĂȘtre un pays indĂ©pendant.
Indépendance des entreprises numériques européennes
- Mistral a moins de 30% de son capital qui est américain.
- Historiquement lâEurope est un appendice du marchĂ© amĂ©ricain. Quand une sociĂ©tĂ© europĂ©enne rĂ©ussit, elle est rachetĂ©e par un gĂ©ant amĂ©ricain.
- Le changement gĂ©opolitique rend cette situation intenable. Il ne faut plus que les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes considĂšrent que dĂ©mĂ©nager aux Ătats-Unis ou se faire racheter par des amĂ©ricains soit un succĂšs, câest au contraire un Ă©chec mjeur.
- Cependant comme la France nâa pas de fonds de pension, elle a trĂšs peu de capitaux pour financer son IA. Elle est donc obligĂ©e dâavoir recours Ă des capitaux Ă©trangers, souvent amĂ©ricains. Il faut quand mĂȘme vĂ©rouiller la gouvernance de façon stricte pour que Ă©viter toute ingĂ©rence, et il est quand mĂȘme mieux dâavoir Ă verser des dividendes Ă des AmĂ©ricains que dâavoir Ă leur commander lâintĂ©gralitĂ© de sa consommation dâIA.
Résumé du résumé :
Maßtriser de façon autonome l'IA est indispensable pour conserver toute dose d'indépendance et de prospérité.
Pour maßtriser l'IA il faut beaucoup d'électricité, de centres de calcul et de commande publique.
La France est dans la course, mais tout se joue dans les 5 ans.
Excellente intervention de Mensch cette semaine Ă la commission dâenquĂȘte sur la souverainetĂ© numĂ©rique.
Il aborde Ă peu prĂšs tous les thĂšmes avec brio, et expose parfaitement les enjeux.
C'est Ă se taper la tĂȘte contre les murs quâil nây ait eu quâune poignĂ©e de personnes prĂ©sentes, alors que câest le futur du pays qui se joue lĂ .
TOUS les politiciens devraient prendre verbatim son intervention et l'intégrer à leur programme 2027.
Ceux qui ne comprennent pas ce qu'il dit, ceux qui ne le prennent pas en compte, trahissent la France et son avenir.
Résumé :
Mensch commence par exempliquer que si la France et l'Europe passent à cÎté de l'IA, elles sortent de l'Histoire, et que ça se joue maintenant.
StratĂ©gie de reconquĂȘte numĂ©rique : Le cloud, c'est l'IA. La distinction entre les deux est obsolĂšte. La croissance et la marge Ă haute valeur ajoutĂ©e sont dans l'IA ; tout le reste suit.
Conséquence opérationnelle : on ne reconquiert pas le cloud par les couches basses (stockage, VM), on part de la couche haute marge et on redescend. C'est la matrice exacte d'un colbertisme technologique appliqué au numérique : capter l'amont stratégique, laisser l'aval se déployer.
Cadre macro. L'IA transforme électricité en tokens, ressource naturelle à traiter comme telle. Horizon 3-4 ans : 10% de la masse salariale européenne sera dépensée en IA, soit 1 trillion annuel. Importé, c'est 1 trillion de déficit commercial supplémentaire, réinvesti en R&D ailleurs. L'Europe n'a donc qu'un seul enjeu économique pour sa balance commerciale : produire de l'IA localement.
Horizon 5 ans : 1 kW d'IA potentiellement utilisable par personne, 40 GW Ă construire en France, 400 GW en Europe, 20 trillions d'investissement. C'est 24 EPR2 pour la France ! Sur la chaĂźne Ă©lectron=>token, 10% de la valeur revient Ă l'Ă©lectron, 90% au reste. Vendre seulement de l'Ă©lectricitĂ© revient Ă abandonner 90% de la valeur. Mensch reprend cette idĂ©e essentielle que vendre de l'Ă©lectrcitĂ© sans la tranformer en IA est une stratĂ©gie de pays non industrialisĂ©. C'est prĂ©cisĂ©ment la trajectoire que la banane rouge doit empĂȘcher : la France ne doit pas devenir la batterie d'un systĂšme industriel arbitrĂ© ailleurs.
Souveraineté = levier, pas isolationnisme. Importer 100% des services numériques = aucune carte à la table. Exporter de la technologie = levier réel. Mistral fait 70% hors de France, 25% hors d'Europe. Postionnement de Mensch contre le libre-échange naïf et contre l'autarcie symbolique.
Urgence : fenĂȘtre de 2 ans. Les hyperscalers dĂ©ploient 1 trillion en 2026 et monopolisent l'Ă©nergie europĂ©enne avant que la demande ne se matĂ©rialise. Surplus français de 9 GW captĂ© par ceux qui paient avant la demande et aujourd'hui gaspillĂ©s en bradant Ă nos voisins. Mistral vise 1 GW d'ici 2029, insuffisant faute de visibilitĂ© marchĂ©. C'est le calendrier rĂ©el d'une rĂ©surgence civilisationnelle : deux ans pour reprendre une position dans la chaĂźne, ou disparition durable de la fonction.
Commande publique = levier dĂ©cisif sous-utilisĂ©. 50% du PIB europĂ©en. Doctrine amĂ©ricaine depuis les annĂ©es 40. Tabou europĂ©en Ă briser. PrĂ©fĂ©rence en bout de chaĂźne sur les services Ă forte valeur ajoutĂ©e, pas en subvention amont. Planifier la demande, pas la dĂ©pense. Application directe de la doctrine dĂ©fendue ici : l'Ătat ne distribue pas, il oriente la demande vers la base productive nationale.
Critique de la régulation comme protection. La régulation favorise toujours les gros, donc les Américains. RGPD DSA AI Act copyright = empilement incohérent, 27 régulateurs.
Fragmentation : 60 telcos contre 3 aux US, fiscalité et droit social non unifiés. Mais attention au récit colonial intériorisé : "l'Europe a perdu car elle régule." Ce n'est pas le point central. Le point central est la domination géopolitique américaine et le manque d'investissement européen.
Validation directe du refus de l'Ă©chelle europĂ©enne : Mensch ne propose jamais d'action europĂ©enne coordonnĂ©e - Ă mon humble avis Ă raison, car les dĂ©bats et les conflits Ă cette Ă©chelle empĂȘchent d'ĂȘtre Ă la bonne vitesse d'exĂ©cution - il vise la commande publique nationale (Luxembourg citĂ© en contre-exemple positif), le surplus Ă©nergĂ©tique national, les champions industriels nationaux. La seule chose qu'il demande Ă l'Europe c'est d'allĂ©ger sa rĂ©glementation.
Campus IA. Participation Mistral minoritaire. Capitaux étrangers faute de fonds de pension européens. Acceptable sous gouvernance contrÎlée (siÚge BPI). Une partie servira les hyperscalers car la demande européenne est à 80% américaine ; trajectoire d'inversion à construire. Réfutation des critiques environnementale : nucléaire français = empreinte réduite vs Texas ; densité élevée (1 GW = 100 ha) ; internaliser la production pour avoir voix sur les externalités, sinon importer les arbitrages d'autrui. Logique banane rouge appliquée : un site énergie-ancré dont la chaßne aval reste à capturer.
Défense. Travail avec MinArm sans droit de regard sur l'usage final : pas de légitimité démocratique face à l'armée. (J'aime qu'ils n'essayent pas de se substituer à l'état contrairement aux hyperscaler américains). L'IA est désormais indispensable à la dissuasion conventionnelle (drones russes massivement IA-pilotés). Cyber : tous les modÚles frontiÚre découvrent vulnérabilités et orchestrent attaques, capacité linéaire et prédictible. Mythos d'Anthropic : marketing de la peur, pas une exclusivité technique.
ModĂšle Ă©conomique et productivitĂ©. Chez Mistral, ingĂ©nieurs n'Ă©crivent plus de code, x2 productivitĂ© en six mois. Services client x5. 10% masse salariale = prix d'achat pour 20% de gain net (rĂšgle : la techno ne capture jamais plus de 50% de la valeur créée). Trois chocs simultanĂ©s : destruction-transformation d'emplois rapide, inflation par conflit d'usage Ă©lectrique, dĂ©ficit commercial des services multipliĂ© par 5. Triade analytique Ă intĂ©grer. Le dĂ©placement valeur travailâcapital, avec capital majoritairement non-europĂ©en, est le problĂšme distributif central : qui capte les gains de productivitĂ© IA en France, et comment cette captation peut financer la reproduction dĂ©mographique des strates productives plutĂŽt que repartir en dividendes hors-zone.
Bulle. Pas de bulle de demande, problÚme d'offre (semi, mémoire, hélium, électrons saturés). 50 Md$ pour 1 GW, retour attendu 100 Md,valeur client 200Md : ordres cohérents si parts captées vite.
MĂ©diation cognitive. Les modĂšles "actionnent une politique" : biais de code, choix de bibliothĂšques, mĂ©diation de l'information et de l'action. Si les modĂšles sont importĂ©s, les reprĂ©sentations culturelles, la langue, l'Ă©thique opĂ©rationnelle sont arbitrĂ©es ailleurs. C'est le mĂ©canisme exact par lequel la France-fonction peut ĂȘtre dĂ©saccouplĂ©e de la France-civilisation : les institutions continuent d'opĂ©rer, mais sur des arbitrages cognitifs faits hors-sol. La contre-ingĂ©rence informationnelle n'est dĂšs lors pas un service pĂ©riphĂ©rique, c'est la condition d'existence d'une souverainetĂ© cognitive dĂšs lors que l'IA gĂ©nĂ©rative mĂ©die l'accĂšs Ă l'information.
Indépendance. Capital américain dans Mistral < 30%. Mission : rester indépendant, viser cotation, refuser rachat. "Si vous vous faites racheter, vous avez raté." Critique frontale de la culture exit-vers-US dominante dans l'entrepreneuriat européen, c'est-à -dire de la stratégie qui transforme systématiquement chaque succÚs européen en filiale américaine.
Impression globale trĂšs satisfaisante de m'entendre moi-mĂȘme dans le smots de Mensch.
Il reste cependant encore tellement de travail de plaidoyer pour que ces évidences prénÚtrent l'esprit de tous les politiques.
Mais nous sommes sur le bonne voie.
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