Entendre cette communicante, complice de fait du plus grand criminel de masse contemporain, reprocher à Human Rights Watch de répéter « le même pattern depuis 30 ans » ne peut que faire rire.
Car pendant ces mêmes 30 ans, le FPR/RPF n’a fait que répéter son propre pattern : interdire tout accès libre et indépendant au territoire rwandais, bloquer la médecine médico-légale sur les charniers et les fosses communes, et éliminer physiquement ceux qui ont le malheur de trop s’approcher de la vérité.
Exiger des « preuves matérielles » tout en verrouillant hermétiquement les zones où elles se trouvent relève du pur cynisme.
C’est exactement la même stratégie que l’on observe aujourd’hui avec le M23 : on contrôle le terrain, on refuse toute enquête indépendante, et on crie ensuite à l’absence de preuves.
Pour faire taire ceux qui tombaient sur les charniers, le FPR n’a pas hésité à tuer.
On peut citer le cas tragique de Flors Sirera, cette infirmière espagnole de Médecins du Monde assassinée en 1997 au Rwanda avec d’autres collègues, ou encore les missionnaires espagnols éliminés entre 1994 et 2000.
Le message était clair : qui creuse trop finit par disparaître.
La critique rwandaise du rapport de Human Rights Watch est donc infondée et révèle surtout l’impossibilité d’une enquête libre.
Obtenir des preuves matérielles directes (fosses communes ouvertes, charniers, armes du crime, documents internes) exigerait un accès libre, indépendant et non surveillé aux zones contrôlées par le M23.
Or, ce groupe, soutenu et dirigé de fait par l’armée rwandaise, n’a jamais autorisé – et n’autorisera jamais – une telle investigation.
Les zones qu’il occupe contiennent précisément les traces des exactions les plus graves.
Exiger une preuve physique tout en bloquant l’accès au terrain est un sophisme classique : on empêche la collecte de la preuve, puis on reproche son absence.
Heureusement, le droit pénal international et la pratique des tribunaux ne fonctionnent pas ainsi.
De très nombreux procès pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide ont abouti à des condamnations sur la base de commencements de preuve, de témoignages concordants et d’un faisceau d’indices graves, précis et concordants.
Ce n’est pas une spécificité de Human Rights Watch : c’est la norme au TPIY, au TPIR, à la CPI et dans la plupart des juridictions nationales qui jugent les crimes de masse.
Dans le cas présent, les éléments accumulés par HRW sont particulièrement robustes :
•Des centaines de témoignages de victimes, d’anciens détenus, de témoins oculaires, recueillis de manière indépendante.
Ces récits se recoupent avec une cohérence remarquable sur les lieux, les dates, les modes opératoires (exécutions sommaires, viols, recrutements forcés, tortures, camps de détention à Rumangabo et Tshanzu, etc.).
Un seul témoignage peut être contesté ; des dizaines qui convergent forment une preuve puissante.
•Ces témoignages sont corroborés par des images satellites qui montrent les camps, les mouvements de population, les perturbations du sol compatibles avec des charniers, les infrastructures de détention.
On est donc face à un faisceau d’indices concordants d’une force exceptionnelle.
En matière factuelle, il n’existe presque jamais de « vérité formelle binaire ».
Il existe des degrés de certitude.
Ici, le degré de vérité atteint par Human Rights Watch est extrêmement élevé et suffisant pour qualifier les faits de crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité, et pour exiger des investigations judiciaires indépendantes.
Ce comportement du M23/RDF n’est d’ailleurs pas une surprise : il s’inscrit dans la continuité historique de la pratique de l’Armée patriotique rwandaise (APR) pendant les deux guerres du Congo et des opérations internes au Rwanda post-1994.
Massacres ciblés, recrutements forcés, contrôle territorial par la terreur, refus de toute transparence : le schéma est malheureusement récurrent.