Le 7 octobre, ce fut aussi, pour moi, un moment de vérité, sur ce que je suis, ce que je vis, sur les dits et non-dits de la vie en commun, de mon milieu professionnel, de mes amis, de l'état de la société, de mon pays.
- Ce furent ces moments où je me suis demandé qui allait venir m'en parler à l'université, et avec qui j'allais pouvoir ou vouloir en parler, et plus encore avec qui il fallait absolument éviter d'en parler.
- Ce furent ces moments de flottement où, quand on me tendait la perche par quelque allusion aux événements, je n'osais pas toujours la saisir, faute de savoir où nous conduirait une discussion. Et où je m'en tirais par quelques généralités évasives.
- Ce furent ces moments où j'hésitais à regarder au bas de ces pétitions innombrables appelant, quelques jours après le massacre, à mettre Israël au ban des nations, par crainte d'y reconnaître le nom de collègues appréciés. Et ça ne manquait jamais : je regardais quand même, et ils étaient là. Pas tous, heureusement.
- Ce furent ces moments où je me rendais compte que les groupes de discussion qu'on avait créés pour parler en confiance de ses désarrois étaient si majoritairement juifs qu'on ne savait pas s'il fallait en rire ou en pleurer.
- Ce furent ces moments, il faut le dire aussi, où j'étais éperdu de reconnaissance envers ces voix non juives qui avaient su dire, avec justesse et droiture, des sentiments de sympathie sans ambivalence, sans arrière-pensée, sans louvoiements ni circonlocutions. Grâces leur soient rendues : c'est à ces voix que je dois d'être encore debout et fier de mon pays.