Les attaques amĂ©ricaines sur le Venezuela et lâenlĂšvement de Maduro sont un coup de force illĂ©gal, injustifiable et dangereux. VoilĂ qui participe un peu plus aux dĂ©sordres du monde.
Personne ne regrettera Nicolås Maduro, qui symbolisait un régime corrompu et prédateur ayant balayé tous les espoirs initiaux de la révolution bolivarienne d'Hugo Chåvez. Mais l'opération états-unienne de changement de régime en cours est inacceptable. Donald Trump avait annoncé le retour de la doctrine Monroe, qui décrétait le continent américain entier comme la sphÚre d'influence exclusive des Etats-Unis ; il joint désormais le geste à la parole avec un coup de main tout aussi illégal que l'agression russe de l'Ukraine. La lutte contre le trafic de drogue n'est qu'une plaisanterie, venant d'un président qui a gracié il y a deux mois l'ancien président du Honduras, condamné pour narcotrafic. Mais tout était écrit dans la stratégie de sécurité, la NSS 2025, publiée il y a un mois.
Donald Trump incarne une rupture dans la politique américaine, mais pas autant que les atlantistes français sous influence "néocon" veulent nous le faire croire. Cette agression est tout aussi illégale que celle de l'Irak en 2003 ou de la Serbie en 1999, pour ne reprendre que les derniÚres d'une longue liste. C'est finalement le prétexte et la région concernée qui changent, rien de plus...
Face Ă cette rĂ©alitĂ©, la France devrait adopter une posture ferme et stable autour de deux principes. Cesser le "deux poids, deux mesures", d'abord : le droit international, notamment onusien, ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ© diffĂ©remment selon les Etats concernĂ©s ni instrumentalisĂ©. C'est la condition de la crĂ©dibilitĂ© de la parole de notre pays, dĂ©jĂ bien entamĂ©e par les positionnements hypocrites de ces derniĂšres annĂ©es et par des actions illĂ©gales comme le changement de rĂ©gime en Libye en 2011. Ensuite, ne plus voir le monde en noir et blanc, mais en couleurs : le monde n'est pas divisĂ© entre "gentils" et "mĂ©chants", c'est le théùtre de rapports de force entre des nations, dans lesquels la France doit prendre position pour la dĂ©fense du droit international de l'ONU, de la paix et la stabilitĂ© internationales, mais aussi pour la poursuite de ses intĂ©rĂȘts assumĂ©s.
Enfin, qui a lu la StratĂ©gie Nationale de SĂ©curitĂ© amĂ©ricaine sait quâelle officialise la vassalisation de lâEurope, Ă©ventuellement par lâingĂ©rence Ă©lectorale. Nous sommes prĂ©venus.
Dans cette logique, la France devrait condamner lourdement l'ingérence illégale des Etats-unis au Venezuela, qui risque de déstabiliser le pays et ses voisins, et de provoquer des réactions de la part des autres puissances, à commencer par le Brésil, mais aussi le rival stratégique des Etats-Unis, la Chine.
Plus largement, la France devrait chercher à retrouver la stature que le Général de Gaulle avait su lui donner par sa parole stable, cohérente et surtout libre, y compris à l'égard de l'allié américain, comme en témoigne le discours de Phnom Penh de 1966, qui condamne sans fausse pudeur l'intervention de Washington au Vietnam. Les Etats ne respectent que les Etats souverains ayant un discours clair et franc, pas les vassaux ou les tartuffes.