Elles perdent leur job car voilées
Je travaille dans le milieu depuis longtemps, et je peux affirmer que celles qui se conforment aux exigences de la loi sur la laïcité dans la discrétion totale sont nombreuse. La réalité du terrain est beaucoup plus nuancée que le portrait dramatique qu’on nous présente.
Selon mon expérience et les observations partagées par plusieurs collègues, il est courant de constater que certaines éducatrices qui portent le voile dans leur vie privée exercent leurs fonctions sans le porter, surtout depuis le débat public sur la laïcité. Ce n’est souvent qu’à la fin de la journée, lorsqu’elles le remettent, que l’on réalise qu’elles le portent en dehors du travail.
Ce phénomène est très représentatif de ce qui se passe dans la société en général. La minorité bruyante, visible, qui choisit la confrontation, le dérangement et la victimisation, dans le système d’éducation, représente exactement la petite minorité musulmane dérangeante dans la société, cette minorité qui exige le halal, qui prie dans les rues, qui demandent des accommodements partout et en tout, et autres, alors que la majorité est fondue dans la société sans aucun problème.
Quand les médias citent 2, 8 ou 12 employés qui refusent de se conformer à la loi sur la laïcité, pourquoi ne prennent-ils pas le temps de nous dire combien la respectent sans bruit et sans revendication ? Pourquoi la conformité massive reste invisible ?
La médiatisation constante de ces cas bruyants est un appel implicite aux autres qui se conforment à la loi à joindre cette désobéissance. C’est très dangereux.
Pourquoi certaines respectent-elles les règles sans bruit tandis que d’autres transforment la même exigence en bataille publique ?
Pourquoi la minorité la plus revendicative occupe-t-elle tout l’espace symbolique, au point d’éclipser la majorité silencieuse ?
Pendant ce temps, la pénurie de main-d’œuvre touche tous les secteurs : construction, santé, résidences pour personnes âgées, restaurants, services essentiels. Peut-on sérieusement attribuer ces difficultés à la loi sur la laïcité ? La réalité économique est beaucoup plus large et complexe.
La loi sur la laïcité ne peut être modulée au gré des préférences individuelles, sinon c’est le principe même d’égalité des citoyens qui s’effrite.
Le message des médias est un appel à la rébellion, il sous-entend que refuser peut rapporter plus que s’adapter. Le conflit attire l’attention, la conformité non. Une employée qui enlève son signe religieux et travaille normalement n’est pas une nouvelle. Une contestation, une désobéissance, Oui.
Ce qui est profondément préoccupant, ce n’est pas tant l’existence de quelques cas de refus d’appliquer la loi sur la laïcité, mais la manière dont ces cas sont amplifiés.
L’équilibre médiatique est essentiel à la cohésion sociale et à la prospérité collective.
Et croyez-moi, celles qui se victimisent et choisissent leur foulard au détriment de leurs emplois, c’est qu’elles sachent qu’elles puissent avoir recours à la multitude de ressources et de programmes sociaux que notre généreuse société offre sans vérification ni mérite.
Fatima Aboubakr
Citoyenne Québécoise