Willy Nyamitwe à Banjul : quand le Burundi célèbre les droits humains que ses citoyens réclament
#FocodeMagazine | 12 mai 2026
À l’ouverture de la 87ᵉ session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ce lundi 11 mai 2026, l’ambassadeur Willy Nyamitwe, président du Comité des représentants permanents de l’Union africaine, a livré un vibrant plaidoyer pour la dignité humaine, l’État de droit et les libertés fondamentales. Un discours diplomatiquement impeccable, mais qui sonne comme un paradoxe au regard de la situation des droits humains au Burundi.
À Banjul, Willy Nyamitwe a parlé juste. Dignité humaine. Justice. Égalité. État de droit. Libertés fondamentales. Tous les mots étaient là. Pesés, polis, alignés dans la grammaire feutrée des grandes cérémonies africaines. Dans la capitale gambienne, berceau de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le représentant burundais a célébré les principes que tout État devrait protéger.
Mais derrière l’éloquence du pupitre, une question dérange : le Burundi peut-il prêcher à Banjul ce qu’il peine à garantir à Gitega ?
Car au pays, le décor est moins solennel. L’espace civique reste verrouillé. Des journalistes travaillent sous pression. Des opposants avancent à pas comptés. Des défenseurs des droits humains vivent en exil ou dans le silence. Des organisations indépendantes restent interdites ou empêchées d’agir librement.
Le discours salue le dialogue avec les mécanismes africains. La réalité, elle, montre une coopération souvent sélective avec les instances internationales. On applaudit la Charte quand elle est célébrée en conférence. On la trouve intrusive quand elle interroge les disparitions forcées, les arrestations arbitraires, les actes de torture ou l’impunité.
Même l’appel contre la désinformation et les discours de haine, légitime en apparence, porte une ambiguïté. Dans un pays où la critique est vite assimilée à l’hostilité, protéger la cohésion nationale peut devenir un habillage commode pour surveiller, intimider ou faire taire.
@willynyamitwe n’a pas prononcé un mauvais discours. Il a dit ce qu’il fallait dire. C’est précisément là que réside le malaise. Les droits humains ne souffrent pas d’un manque de vocabulaire. Ils souffrent d’un déficit de courage politique.
À Banjul, le Burundi a parlé en gardien de la Charte. Chez lui, il reste attendu comme justiciable de cette même Charte.
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