Université du Burundi : derrière les amphithéâtres, la détresse d’un personnel toujours sans salaire au 13ᵉ jour du mois
#FocodeMagazine | 13 juin 2026
Derrière les amphithéâtres et les bureaux de l’Université du Burundi, le malaise grandit. Retards de salaires, faibles rémunérations, indemnités de logement non versées, départs d’enseignants… Dans un témoignage adressé à
#Mbariza, notre canal d’interpellation citoyenne aux autorités, un employé de cette institution publique interpelle directement le rectorat et le gouvernement. Un cri d’indignation, mais aussi d’épuisement.
Le treizième jour du mois est déjà là. Sur les comptes bancaires, toujours rien. Pas de salaire. Pas même une explication claire.
À l’Université du Burundi, cette attente n’a rien d’anodin. Pour des employés dont certains toucheraient à peine 100 000 ou 105 000 francs burundais par mois, quelques jours de retard suffisent pour désorganiser toute une famille.
« Comment peut-on verser un salaire aussi modeste au milieu du mois ? », s’indigne un fonctionnaire de l’Université du Burundi dans un message transmis à
#Mbariza. Il préfère garder l’anonymat, mais ne cache ni sa colère ni son désarroi.
Selon lui, le retard de paiement touche aussi bien le personnel administratif que les enseignants. Derrière les intitulés de fonction, il décrit une réalité faite de privations quotidiennes.
« Un enseignant peut se rendre à pied au travail, passer la journée sans manger et n’avoir rien laissé à sa famille », témoigne-t-il.
Une situation qui, d’après ce fonctionnaire, finit inévitablement par affecter la qualité du travail. Comment préparer correctement un cours lorsque l’on ne sait pas ce que ses enfants mangeront le soir ? Comment demander de la performance à un personnel plongé dans l’incertitude ?
« Dans ces conditions, qu’attend-on réellement d’un enseignant ? Quel rendement peut-il fournir ? », interroge-t-il.
🔴Le silence comme réponse
Ce qui révolte davantage cet employé, ce n’est pas seulement le retard du salaire. C’est aussi l’absence de communication.
Il affirme que les demandes d’explication formulées par les travailleurs restent souvent sans réponse. Une attitude qu’il considère comme une forme de mépris.
« Sommes-nous des êtres humains ou sommes-nous traités comme des robots ? », lance-t-il.
Dans son témoignage, le fonctionnaire interpelle directement le recteur de l’Université du Burundi Monsieur Prudence Bararunyeretse. Il lui demande de sortir du silence et d’expliquer à son personnel pourquoi, au treizième jour du mois, les salaires ne sont toujours pas disponibles sur les comptes des employés.
Pour lui, cette situation révèle un malaise plus profond. L’Université du Burundi, longtemps considérée comme la principale institution publique d’enseignement supérieur du pays, ne serait plus que l’ombre d’elle-même.
Il évoque notamment les classements récents des établissements universitaires, qu’il interprète comme le signe d’un déclin progressif.
« L’Université du Burundi n’est plus ce qu’elle était », regrette-t-il, allant jusqu’à se demander si l’État n’a pas abandonné son université.
🔴Une politique salariale qui se fait attendre
Au-delà du salaire mensuel, les employés de l’Université du Burundi attendent également leur intégration effective dans la nouvelle politique salariale de l’État.
D’après le témoignage, plusieurs catégories de fonctionnaires auraient déjà bénéficié de cette réforme. Mais les institutions dites à statuts spéciaux, parmi lesquelles figure l’Université du Burundi, resteraient toujours dans l’attente.
L’employé rappelle que, lors d’une conférence des porte-parole des institutions publiques, Rosine Gatoni, alors porte-parole de la présidence de la République, avait déclaré que le processus avait atteint un stade avancé.Mais l’optimisme aurait été de courte durée.
« Ceux qui ont consulté le projet de budget affirment que les fonds prévus pour cette politique salariale n’y figurent pas », rapporte-t-il.
Une contradiction qui alimente les inquiétudes du personnel. Le fonctionnaire demande au rectorat de préciser où en est réellement le dossier.
« Que devons-nous croire ? Le rectorat suit-il cette question ? À quel niveau le processus est-il bloqué ? »
🔴Les 35 % qui ne viennent pas
Autre dossier explosif : l’indemnité de logement.
Selon ce fonctionnaire, les employés de l’Université du Burundi seraient privés, depuis plusieurs années, d’une indemnité équivalant à 35 % du salaire, pourtant accordée à d’autres agents de l’État.
Il affirme qu’une décision de justice favorable aux travailleurs aurait été rendue, mais qu’elle ne serait toujours pas exécutée.
« Nous avons gagné le procès, mais la décision n’a jamais été appliquée », soutient-il.
Il dénonce ce qu’il qualifie de « manœuvres dilatoires » destinées à retarder le paiement. Il assure également que les montants concernés devaient être intégrés dans le budget général de l’État pour l’exercice 2026-2027.
L’employé prévient : si rien n’est fait, certains travailleurs pourraient rendre publics les éléments dont ils disposent sur les blocages de ce dossier.
Une menace à peine voilée qui montre à quel point la confiance entre le personnel et l’administration semble s’être effritée.
🔴Des enseignants qui partent
Pendant que les dossiers administratifs s’accumulent, les enseignants quittent l’institution.
Le fonctionnaire interrogé estime que les faibles salaires, les retards de paiement et l’absence de perspectives poussent de nombreux universitaires à chercher ailleurs.
« Ceux qui ont une autre possibilité finissent par partir », observe-t-il.
Il voit dans les recrutements réguliers organisés par l’Université du Burundi la conséquence directe de ces départs. À peine recrutés, certains enseignants chercheraient déjà une autre porte de sortie.
Pour les étudiants, les conséquences sont immédiates. Un cours enseigné par une personne au cours d’une année peut être confié à quelqu’un d’autre l’année suivante. La continuité pédagogique en souffre.
« On croit qu’il suffit de remplacer ceux qui partent. Mais certains nouveaux venus ne restent que le temps de trouver mieux ailleurs », fait remarquer le fonctionnaire.
Une fuite silencieuse des compétences qui pourrait, à long terme, fragiliser davantage la qualité de l’enseignement supérieur public.
🔴La grève, une ligne rouge ?
Face à l’accumulation des frustrations, l’idée d’une grève aurait été évoquée parmi les travailleurs.
Mais là encore, les divisions internes auraient rapidement refait surface.
Selon l’auteur du témoignage, certains employés et enseignants refuseraient de participer à un mouvement de grève par crainte d’être accusés de poursuivre des manipulations politiques de ceux que le parti au pouvoir qualifie d'ennemis.
Il dénonce l’instrumentalisation des appartenances ethniques et partisanes dans une revendication qu’il présente avant tout comme sociale et professionnelle.
« Certains peuvent passer la journée sans manger, mais continuent de dire que l’essentiel est que les nôtres soient au pouvoir », déplore-t-il.
Des propos lourds, qui traduisent la profondeur des clivages au sein même de l’institution. Le fonctionnaire affirme pourtant que réclamer son salaire ou l’exécution d’une décision de justice ne devrait relever ni d’un parti politique ni d’une appartenance ethnique.
Il s’interroge également sur la réaction de l’administration si les employés décidaient d’utiliser les moyens de revendication reconnus par la loi.
« Si les travailleurs empruntaient les voies légales pour réclamer leurs droits, quelle serait la réaction du rectorat ? »
🔴Une institution réduite à son nom ?
Le constat final de ce fonctionnaire est amer.
À ses yeux, l’Université du Burundi n’offre plus suffisamment de raisons à ses employés de rester. Les travailleurs qui disposent d’autres possibilités seraient tentés de partir, laissant derrière eux une institution publique progressivement vidée de ses compétences.
« Celui qui a un endroit où aller devrait partir. L’Université du Burundi ne semble plus exister que de nom », conclut-il.
Ce témoignage soulève de nombreuses questions sur les conditions de travail, la gestion des salaires, la politique salariale et l’avenir du personnel universitaire.
Toutefois, les accusations et affirmations contenues dans ce message restent celles de leur auteur. Le témoignage transmis ne contient ni la réaction du rectorat de l’Université du Burundi ni celle des ministères concernés.
Une chose est néanmoins certaine : derrière les murs de l’Université du Burundi, la colère gronde. Et lorsqu’un enseignant doit choisir entre se rendre en classe et nourrir sa famille, ce n’est plus seulement une question de salaire. C’est l’avenir même de l’enseignement supérieur public qui est en jeu.
@UB_Rumuri ,
@NtareHouse ,
@GeneralNeva ,
@KwaNtare ,
@MENRS4 ,
@FinancesBdi ,
@nshingamateka ,
@Burundi_senat