Lâannonce de bombardements israĂ©liens massifs sur Beyrouth-Sud et dâune nouvelle invasion terrestre fait planer sur le Liban le retour aux heures les plus sombres. Elle sâinscrit dans une conception illimitĂ©e des intĂ©rĂȘts de sĂ©curitĂ© qui, sous prĂ©texte de protection, prive un pays dĂ©jĂ exsangue de toute chance de stabilitĂ© politique, sociale et Ă©conomique, clĂ© dâune dĂ©militarisation indispensable du Hezbollah.
Car il faut aussi le dire : la logique dâescalade du Hezbollah, aventureuse et irresponsable, enferme le Liban dans une guerre qui nâest pas la sienne. Elle transforme tout un peuple en bouclier et en monnaie dâĂ©change, et compromet la possibilitĂ© mĂȘme dâun Ătat souverain.
Le Liban nâa pas besoin dâune guerre de plus. Il a besoin dâun Ătat, dâinstitutions, dâun horizon. Ă force de traiter ce territoire comme une zone grise oĂč tout serait permis, on fabrique lâinverse de la sĂ©curitĂ© : on fabrique la revanche, la radicalisation, le chaos.
La France ne peut pas trahir lâesprit de son amitiĂ© ancienne et profonde pour le Liban en se rĂ©fugiant dans le silence ou dans des formules dâĂ©quilibre qui ne nomment pas les choses. Ătre lâami dâun peuple, ce nâest pas lâabandonner au fait accompli. Câest dĂ©fendre le droit, la protection des civils, et une voie de dĂ©sescalade.
« Non à la guerre. » Oui à la souveraineté du Liban. Oui au droit, partout, sans deux poids deux mesures.
Dominique de Villepin
Credit photo: Banlieue Sud de Beyrouth, le 2 mars aprĂšs un bombardement israĂ©lien. Mohammad Yassine / LâOrient-Le Jour.