Je pense que c’est le bon moment pour revoir Alien.
Pas seulement parce que c’est un chef-d’œuvre. Parce qu’il parle déjà du monde qui arrive. Un équipage perdu dans un territoire inconnu. Une immense compagnie qui poursuit ses propres intérêts. Mother, une intelligence artificielle qui pilote une partie de la réalité. Ash, un cyborg impossible à distinguer d’un humain. Au centre de l’histoire, un organisme parfait dont personne ne comprend vraiment la nature mais dont tout le monde pressent qu’il va bouleverser l’ordre établi.
Ce qui me fascine avec Alien, c’est que le film a été tourné bien avant ChatGPT, bien avant les modèles modernes, bien avant les débats sur l’IA. Pourtant il pose déjà des questions qui sont devenues les nôtres. Qui contrôle réellement la technologie ? Qui contrôle les systèmes ? Que se passe-t-il lorsque les intérêts humains, économiques et technologiques s’entremêlent ? Jusqu’où peut-on aller avant de créer quelque chose qui échappe à notre compréhension ?
La grande science-fiction ne prédit pas l’avenir. Elle prépare les esprits à l’affronter. Elle permet d’explorer des futurs possibles avant qu’ils deviennent réels. Elle agit comme un simulateur mental. Une sorte de laboratoire d’idées où l’on peut tester des scénarios, des risques, des opportunités et des ruptures sans attendre qu’ils frappent à notre porte.
J’ai parfois l’impression que beaucoup regardent encore l’IA comme un simple outil de productivité. Un logiciel plus performant. Une application de plus. Je crois que nous sommes en réalité à bord du Nostromo. Nous avançons dans un territoire nouveau dont nous n’apercevons encore qu’une fraction. Les conséquences économiques, scientifiques, militaires, culturelles et civilisationnelles de cette révolution vont se déployer pendant des décennies.
C’est précisément pour cela qu’il faut relire et revoir les grands classiques de la science-fiction. Non pour y chercher des réponses. Pour entraîner notre imagination. Pour apprendre à penser plus loin que le prochain trimestre, la prochaine élection ou la prochaine mise à jour. Dans le monde qui arrive, les gagnants ne seront pas seulement ceux qui utiliseront l’IA. Ce seront ceux qui auront appris à explorer la frontière qu’elle est en train d’ouvrir devant nous.