Nous vivons un temps d’accélération de la géopolitique mondiale avec des attaques massives sur l’aide publique au développement. Le seul gel depuis janvier 2025 du financement de l’USAID a déjà entraîné un manque à gagner de 12 milliards de dollars américains pour le secteur de la santé en Afrique. Au niveau mondial l’aide a baissé de 70% entre 2015 et 2025, hors Covid-19. Presque tous les membres du Comité d’Aide au Développement sont dans cette dynamique de réduction. Le cas américain rentre donc dans une tendance lourde. La charge du Président Trump sur l’USAID semble avoir paniqué voire dévasté une fourmilière d’où s’échappent que désolation, récriminations et geignements. Nous aurions aimé aussi, nous acteurs du Sahel, constater le même sentiment de révolte au niveau mondial lorsque l’aide française y a été coupée en juillet-août 2023. Oui, 184 associations et ONG ont publié en septembre 2023 une déclaration de protestation contre cette suspension et c’est tout.
Autour de cette chute vertigineuse de l’aide publique au développement et de la conjoncture Trump, un fossé semble séparer le narratif du Nord Global de celui du Sud Global. En effet si les associations, ONG et organisations diverses du Nord Global sont vent debout contre cette suspension/arrêt de l’aide publique au développement les acteurs du Sud Global ressentent plutôt un vent d’opportunités.
En effet, lorsque nous constatons ici, l’arrêt annoncé de certains programmes par des ONG du Nord Global, là l’annonce de licenciements massifs dans des universités américaines en raison de cette coupure de l’aide au développement, la question à se poser est de se demander à qui profitait réellement cette aide. Cette aide n’était-elle pas en réalité destinée à faire «fonctionner» des institutions, des universités et des ONGs du Nord Global qui pour cela prélevaient d’importants frais de structure et d'assistance technique, pour ne laisser au Sud Global que des miettes ? Si après 64 ans d’aide rien ne semble changer, ne devons-nous pas nous poser les questions qui fâchent ? L'industrie de l'aide a-t-elle un sens comme semble même se demander "The Economist" du 6 mars 2025. L'industrie de l'aide procède-t-elle de la bonne manière ?
C’est cela que nous analysons dans ce travail réflexif en ciblant particulièrement ce qui se passe dans le secteur de la santé en Afrique. Cette analyse a été réalisée avec des acteurs qui, à des degrés divers, ont gouverné des systèmes de santé en Afrique et ont constaté toutes les pratiques inappropriées de l’industrie de l’aide au développement en Afrique. Le vent d’opportunités cadencé par le Président Trump permet aux penseurs décoloniaux africains disais-je de proposer un nouveau modèle de partenariat de confiance qui doit être équilibré, gagnant-gagnant et pour le Nord Global et pour le Sud Global. L’Afrique doit s’engager à s’éloigner du profil de mendiante internationale qu’elle présente aux yeux de toutes et de tous aujourd’hui. L’Afrique a de l’argent. Pour un dollar reçu de cette aide au développement 6 dollars quittent l’Afrique pour le Nord Global (voir la photo). Tout est donc question de bonne gouvernance politique, économique et financière. La fenêtre d’opportunité actuelle est une que l’Afrique doit saisir pour rebattre les cartes afin de débarrasser l’industrie de l’aide de sa "colonialité" que rejettent et les souverainistes du Sahel et plus largement les acteurs du Sud Global. Mieux, le nouvel ordre de santé publique introduit depuis 2022 par le Centre Africain de Prévention et de Contrôle des maladies (Africa CDC), prône dans le domaine de la santé mondiale un partenariat Nord-Sud de confiance fondé sur une recherche commune de résultats mutuellement bénéfiques. Ce papier que nous présentons est une modeste contribution à ce débat.
Meda, N., Sombié, I., Seck, I. et Binagwaho, A. (2025). La Décolonisation de la Santé Publique En Afrique : Quelle Place Pour les Organisations Non-Gouvernementales du Nord Global (ongs) ? Santé Publique, . 37(1), 21-35.
doi.org/10.3917/spub.251.002….