Raphaël Glucksmann : « mon ennemi, c’est Elon Musk. »
Prenons-le au sérieux une minute. Comparons les deux bilans, puisque c’est lui qui lance le duel.
D’un côté, un homme qui, en vingt ans, a fondé une entreprise spatiale qu’on disait vouée à la faillite, puis a fait atterrir des fusées à la verticale, chose que des États entiers jugeaient impossible. Qui a forcé toute l’industrie automobile mondiale à basculer vers l’électrique. Qui a connecté par satellite des régions que personne ne voulait câbler, jusqu’aux tranchées d’Ukraine. Qui construit des IA, des interfaces neuronales, et rachète un réseau social pour y défendre une certaine idée de la parole libre. On peut détester l’homme. On ne peut pas nier l’œuvre.
De l’autre, un homme qui, en vingt ans, a signé des tribunes, animé des revues, épousé des causes, et fait de l’indignation un métier. Son bilan matériel, ce qu’il a mis de concret et de durable dans le monde, tient sur un Post-it. Sa production, c’est du commentaire sur la production des autres.
Et le plus beau, c’est qu’il le sait. Car c’est le même homme qui déclarait, lucide : « quand je vais à New York ou à Berlin, je me sens plus chez moi culturellement que quand je me rends en Picardie. Et c’est bien ça le problème. »
Il avait raison. C’était le problème. Sauf qu’il n’en a pas tiré de leçon : il en a fait une carrière. Il a diagnostiqué la coupure entre les élites et le peuple, s’est désigné lui-même comme symptôme, puis a passé la décennie suivante à incarner exactement ce qu’il dénonçait.
Voilà l’homme qui se choisit Elon Musk pour ennemi. Pas parce qu’il le combat, il n’en a pas les moyens, mais parce que se déclarer l’adversaire de celui qui fait est le dernier refuge de celui qui ne fait rien. On emprunte la stature qu’on n’a pas en désignant plus grand que soi.
Un bâtisseur ne perd pas son temps à se chercher des ennemis. Il est trop occupé à construire. Se définir par sa haine, c’est avouer qu’on n’a pas de projet à mettre à la place.
Et c’est cet homme, plus chez lui à Brooklyn qu’à Amiens, qui voudrait présider la France.
🔴🇫🇷 INSOLITE | Raphaël Glucksmann déclare « mon ennemi, c’est Elon Musk » au cours de son meeting.
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@A_Oberdorff)