Il y a de cela maintenant un mois, le youtubeur TPZ publiait une vidéo sur la marque de boissons énergisante (et pas que)
@holysquad_fr
J’en ai fait une critique le plus rapidement possible, car je pensais qu’il fallait une réponse au moins à chaud aux arguments développés, qui étaient à mon sens très inexacts, voire complètement faux, sur bien des points.
Mais j’ai souligné quelque chose qui me semblait crucial et malheureusement sous-abordé dans la vidéo de TPZ : le flou autour de la NewCaff chez Holy.
Grâce à tout ce remue-ménage, j’ai réussi à avoir un appel en visio avec un représentant de la marque, ainsi que des informations complémentaires à ce sujet.
Je tiens d’abord à les remercier pour leur bonne volonté, leur coopération, ainsi que leur transparence. Ils auraient totalement eu le droit de m’ignorer, ou de ne pas me donner ces infos, qui vous allez le voir, ne vont pas spécifiquement dans leur sens.
L’objet de ce thread est donc de vous parler plus en détail de quelques problématiques concrètes autour de cela.
Premièrement, il y a un point essentiel à comprendre avec la caféine, et c’est le graphique que j’ai déjà partagé (première image), issu d’une méta-analyse spécifiquement dédiée à aborder cette question (PMID: 36870101) : quand peut-on ingérer notre dernière dose de caféine si on a prévu de s’endormir à 22h et que l’on veut éviter des effets délèteres sur le sommeil ?
La réponse est simple : en dessous de 50mg (une tasse de thé), globalement quand on veut.
Pour 100mg (une tasse de café) il faut s’arrêter à environ 13h .
Pour 200mg (canette de Monster ou Preworkout) avant même 9h du matin.
Bien évidemment, il y a des effets cumulatifs. Si on consomme deux doses de 100mg de caféine chacune, il faudra s’arrêter plus tôt que 13h.
La question qui doit vous venir à l’esprit est la suivante : si je n’ai aucun problème à m’endormir malgré des doses incroyables de café par jour, c’est que ça ne doit pas m’affecter, non ?
Eh bien si, ça t’affecte.
Car c’est bien la qualité du sommeil, qui est imperceptible quand on dort, qui va aussi être affectée. Plus de sommeil léger, et moins de sommeil profond. D’ailleurs moins de sommeil tout court en moyenne (45 minutesà). C’est ce qui pourrait, par exemple expliquer qu’on trouve des effets positifs à la consommation du café le matin, mais pas toute la journée sur la mortalité toutes causes confondues.
(Coffee drinking timing and mortality in US adults, 2025)
Petit apparté lié à cela : la qualité du sommeil sur le long terme est déterminante d’énormément de facteurs santé et performance sportive.
On dénote ainsi une augmentation des risques de maladies cardiovasculaires (PMID: 21286279), de blessures sportives (PMID: 40297077), d’obésité et toutes les complications de santé liées (PMID: 21659802), de diabète (PMID: 38050514), de maladies mentales (PMID: 35506356) etc, quand le sommeil est affecté. Ce n’est donc pas à prendre à la légère.
Pour en revenir à nos moutons, l’effet pervers vient simplement d’à quel point la caféine, stimulante du système nerveux central, reste dans le sang avant d’être éliminée. On mesure généralement cela avec ce qu’on appelle la “demi-vie”.
“La demi-vie est le temps mis par une substance (molécule, médicament ou autre) pour perdre la moitié de son activité pharmacologique ou physiologique.
Le terme demi-vie est souvent mal interprété : deux demi-vies ne correspondent pas à la vie complète du produit. La demi-vie est en vérité la médiane de la durée de vie d'un produit, c'est-à-dire la durée en deçà de laquelle il reste plus de 50 % du produit, et au-delà de laquelle il en reste moins de 50 %.”
Il est important de comprendre cette définition, car c’est bien cette caféine “résiduelle” qui peut avoir un impact sur le sommeil. Et le pire là-dedans, c’est que nous ne sommes pas tous égaux face à cela. En clair il y a une demi-vie “moyenne” à la caféine (ou toute autre substance), et ceux qui vont la métaboliser considérablement plus rapidement, ou plus lentement.
C’est d’ailleurs ce qui contribue à la fatigue accumulée des consommateurs réguliers de caféine. Au départ, c’est un stimulant formidable, mais notre corps s’y habitue très vite. Ce qui nous conduit à en consommer toujours plus.
Résultat : on en a de plus en plus qui reste dans notre sang tout le temps, ce qui perturbe notre sommeil, et nous incite à consommer… Plus de caféine.
Bref, pour en revenir à Holy, ils utilisent un type de caféine « micro-encapsulée » à hauteur de 80mg dans chacune de leur dose.
Cette technologie permet à n’importe quelle substance, ici la caféine donc, d’être relâchée… Plus lentement dans le sang. Donc rester encore plus présente, plus difficilement métabolisable.
Pour la faire simple, elle nous rend plus ou moins tous des métaboliseurs lents, même si le pic de présence de la caféine est moins haut. (schéma 2)
Ainsi, d’après les propres informations fournies par la marque :
“La caféine classique (café, comprimés standards) est rapidement absorbée – généralement en moins d’une heure, avec un pic plasmatique entre 15 et 120 minutes après ingestion. À l’inverse, le NewCaff 75 libère la caféine lentement sur plusieurs heures, grâce à son enrobage lipidique. Les tests in vitro montrent que la majorité de la caféine est libérée sur environ 4 à 5 heures, ce qui signifie une montée progressive de la caféine dans le sang.”
“Dans une étude, la caféine à libération prolongée atteignait son pic 5 à 6 heures après ingestion, contre 1 à 3 heures pour la caféine standard.”
“Une fois absorbée, la caféine est métabolisée au même rythme quelle que soit la formulation. Sa demi-vie est en moyenne de 5 heures chez l’adulte (elle peut varier de 3 à 7 heures). Cela signifie qu’environ 5 heures après le pic, la moitié de la caféine est éliminée. Après 10 heures, il peut encore rester 25 % de la dose initiale dans l’organisme”
“Grâce à cette libération prolongée, les effets du NewCaff 75 peuvent durer 6 à 8 heures, voire plus. Contrairement à la caféine classique qui provoque un pic rapide et une chute brutale, le NewCaff 75 offre une stimulation progressive et plus longue. Certaines études rapportent une amélioration des performances jusqu’à 12 à 13 heures après ingestion”
Je suppose que vous voyez le problème :
Si avec une dose standard de caféine à 100mg, on doit arrêter à environ 13h, que pour 200mg c’est même avant 9h, et que la caféine contenue dans les boissons Holy est de 80mg de NewCaff ainsi que 80mg de caféine “standard” (donc 160mg au total), alors à quelle heure doit-on arrêter d’en boire pour éviter les perturbations du sommeil ?
Eh bien la réponse, à mes yeux, c’est qu’on ne doit pas en consommer du tout.
Ce qui m’embête, c’est que dans leur mail, ils ont fini par conclure ceci :
“il est recommandé de prendre la dernière dose de NewCaff 75 vers 14h–15h maximum. Cela garantit que la majorité de la caféine est éliminée ou fortement réduite au moment de dormir.”
Mais ce n’est pas du tout en accord avec ce qu’on peut supposer de l’impact sur le sommeil dans la littérature scientifique.
Maintenant, soyons réalistes.
Quand on consomme de la caféine, c’est pour se maintenir éveillé, en forme, de façon ponctuelle.
Est-ce que je pense qu’une consommation de Holy sera catastrophique dans ce genre de cas de figure ? Pas du tout.
Et même dans le cadre d’une consommation plus régulière, ça sera sans doute meilleur que s’enquiller des Monster toute la journée car le crash post caféine se fait ressentir.
Cependant, je pense qu’il faut être au courant des risques liés à cette exposition, ils ne sont pas anodins. Je pense qu’il y aurait intérêt à communiquer dessus.