100 millions d'euros levés pour vendre du faux poulet. La boîte se fait liquider, et tant mieux.
Petit cours d'économie de ce qu'était finalement Swap Foods : du malvinstment et du beau gaspillage.
Déjà, que veut dire "malvinstment" ? La notion a été élaborée par Ludwig von Mises dès 1912 dans La Théorie de la monnaie et du crédit, puis approfondie et popularisée par Friedrich Hayek dans les années 1930 (Prix et production, 1931).
L'idée est la suivante. Quand la banque centrale manipule à la baisse les taux d'intérêt sous leur niveau naturel, c'est-à-dire sous le taux qui refléterait la véritable préférence temporelle des consommateurs (revenus consommés contre revenus épargnés), elle envoie un faux signal aux entrepreneurs.
Le taux d'intérêt bas leur fait croire que l'épargne disponible est abondante et que les consommateurs sont prêts à reporter leur consommation vers le futur.
Ils se lancent alors dans des projets longs et intensifs en capital qui ne sont en réalité soutenus par aucune épargne réelle, c'est à dire par une consommation présente faible et la promesse d'une consommation future plus importante.
Leurrés par un capital monétaire faussement abondant, les entrepreneurs s'engagent donc dans des aventures entrepreneuriales sans lendemain, non soutenues par l'épargne réelle et par les consommateurs eux-mêmes.
C'est cela, le malvinstment: non pas "un mauvais investissement", au sens d'une simple erreur de gestion, mais un investissement structurellement induit en erreur par la distorsion monétaire elle-même. Le capital inonde des projets que le marché, s'il était laissé libre, n'aurait jamais validés.
Pourquoi ? Parce que le capital monétaire, comme le reste du capital, est rare, qu'il a un coût d'opportunité et un risque associé à sa mauvaise gestion.
Ce n'est plus le cas dans nos économies d'argent magique.
Ce qui se passe est alors relativement simple. Le capital non reproductible (temps humain, ressources rares) ou difficilement adaptable (énergie, biens intermédiaires) se trouve immobilisé dans des projets structurellement non viables, non demandés par le marché, reposant sur un narratif, sur la hype, dopés à la subvention et au crédit facile.
Et quand la sanction du consommateur tombe, elle est sans pitié pour ces projets zombies.
Sur un marché libre à monnaie saine, jamais 100 millions ne se seraient dirigés vers une entreprise dont le produit coûte trois à quatre fois le prix du poulet qu'il prétend remplacer. Le calcul économique l'aurait interdit dès le départ, surtout, comme le mentionne l'article, quand ce marché représente "entre 2% et 3% du marché de la viande dans le monde".
Finalement, l'histoire de Swap Foods, c'est l'histoire d'un énorme gaspillage de capitaux, comme il est courant d'en voir dans les économies fiat : des années perdues, des usines et des machines inutilement monopolisées pour des usages non productifs, 70 salariés dont le temps et l'énergie ont été gaspillés.
Du capital bien réel, rare et nécessaire au progrès. Et comment a-t-il été détourné ? À cause de cette illusion monétaire, ces 100 millions d'euros.
On comprend ici un autre aspect essentiel de l'inflation monétaire : elle ne crée pas de richesse, elle déplace la richesse actuelle vers des usages non productifs, parce qu'ils échappent au bon sens du calcul rationnel des profits et des pertes.
La faillite de Swap Foods est donc une bonne chose. C'est le marché qui rappelle qu'il faut purger ces mauvais acteurs qui gaspillent le capital, pour ensuite le libérer vers d'autres entrepreneurs qui en feront un usage plus productif.
Elle vendait son faux poulet végétal 20 euros le kilo : l'entreprise française Swap Foods est placée en liquidation malgré ses 100 millions d'euros levés
l.bfmtv.com/zWwo