J'ai fait 80 millions de vues sur une longue analyse des origines du wokisme.
Aujourd'hui, je vais prendre l'angle inverse. Partir d'un cas tout bête, presque anecdotique, et remonter exactement à la même idée : la minorité qui se met à parler au nom de toute une minorité finit toujours par mal tourner.
À chaque fois que je vois passer ce genre de vidéo, je repense à une histoire de 2012.
À l'époque, je vivais en colocation. On était quatre. Deux hétéros, deux gays. Et les deux gays étaient discrets. Le proprio, par exemple, je n'ai découvert qu'il était homosexuel que trois mois après mon arrivée. Et encore, parce que c'est lui qui me l'a dit. Pudique, aucune envie d'en faire un étendard. Tu pouvais passer des semaines à côté de lui sans jamais te poser la question.
Un soir, l'autre coloc gay, discret lui aussi, invite toute une bande de potes à lui. Et dans le lot, il y avait LE personnage. Tu vois le genre. Vocal, militant, caricatural au possible, le mégaphone incarné.
Et le moment le plus marquant de la soirée, ça a été quand le proprio, le plus discret de tous, celui qui n'avait jamais fait de son orientation un sujet, s'est penché vers moi et m'a glissé à voix basse : "Tu vois, moi je suis gay, et je ne me sens absolument pas représenté par cette minorité qui prend le mégaphone et qui se met à parler au nom de tout le monde."
Celui qui vivait sa vie sans rien réclamer ne se reconnaissait pas dans celui qui prétendait hurler en son nom.
J'ai compris quelque chose ce soir-là que je n'ai jamais oublié.
Dans toute minorité, il existe une minorité de la minorité qui s'accapare le combat. Une frange ultra-vocale, souvent la plus caricaturale, qui s'auto-désigne porte-parole et finit par occuper tout l'espace. Le problème, c'est qu'elle ne représente quasiment personne. Elle se représente surtout elle-même.
Et le mécanisme est toujours le même. Le plus intransigeant finit par confisquer le micro, parce que c'est lui qui crie le plus fort, pendant que la majorité (par lassitude, par politesse, ou par peur de se faire lyncher) se tait. Le silence des modérés devient le porte-voix des extrêmes.
C'est vrai partout. Les religieux, les homosexuels, les ethnies, les courants politiques, absolument toutes les formes de groupe. À partir du moment où quelqu'un se croit au-dessus de la mêlée et s'arroge la légitimité de parler au nom d'un collectif entier, ça finit mal. Systématiquement.
Parce que la grande majorité silencieuse ne se reconnaît pas dans la caricature. Elle vit, tout simplement. Et elle se retrouve associée, malgré elle, à un porte-voix qu'elle n'a jamais choisi.
Et qu'on soit clair.
- Chacun est libre de croire ce qu'il veut.
- Chacun est libre de porter ce qu'il veut.
- Chacun est libre de se transformer en ce qu'il veut.
Mais personne n'est libre d'imposer sa vision du monde au reste.
C'est précisément là que naît la division.
Pas dans la différence, mais dans l'injonction.
Le wokisme, c'est l'incarnation chimiquement pure de ce basculement : le moment où une minorité de la minorité cesse de demander qu'on la laisse vivre, et se met à exiger que tout le monde vive comme elle.
La minorité bruyante ne sert jamais la cause qu'elle prétend défendre.
Elle la dessert.
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