#Burundi : La conférence des Evêques Catholiques du Burundi : Entre satisfaction prudente et fortes inquiétudes sociales
#FocodeMagazine | 09 juin 2026
Kiriri, Bujumbura. Du 1er au 5 juin 2026, les évêques membres de la Conférence des évêques catholiques du Burundi, CECAB en sigle, se sont retrouvés au siège de leur Conférence, sis au Centre interculturel national Oasis de paix et de réconciliation, à Kiriri. À l’issue de cette Assemblée plénière ordinaire, les prélats ont rendu public un communiqué de clôture dans lequel ils passent en revue la vie ecclésiale, mais aussi la situation socio-politique et économique du pays.
Le ton est d’abord mesuré. Les évêques reconnaissent qu’« en général, il règne un climat de paix et de sécurité dans le pays ». Un constat positif qu’ils accompagnent d’une autre note de satisfaction : presque partout, la population est en période de récolte.
Mais très vite, l’optimisme laisse place à la prudence. Cette récolte, relèvent-ils, « n’est pas très bonne ». En cause : l’irrégularité des pluies, mais aussi le retard dans la distribution des intrants chimiques. Selon le communiqué, même ceux qui avaient payé d’avance n’ont pas été servis à temps. Un dysfonctionnement qui, pour les évêques, vient fragiliser davantage des ménages déjà éprouvés par la cherté de la vie.
Sur les routes, le constat est tout aussi préoccupant. Les évêques déplorent la détérioration de la plupart des axes routiers du pays. Cette situation, indiquent-ils, rend les mouvements de circulation difficiles. À ce problème s’ajoute un autre : le manque persistant de carburant.
Les conséquences sont visibles. Le transport des biens et des personnes devient désorganisé. Les évêques évoquent notamment la surcharge des véhicules et le dépassement de leur capacité normale. Des pratiques dangereuses qui, selon eux, provoquent beaucoup d’accidents et des pertes en vies humaines.
Le communiqué insiste également sur la pénurie de produits de première nécessité. Les prélats disent constater « avec amertume » le manque persistant de médicaments et de denrées alimentaires. Dans un pays où de nombreuses familles vivent déjà sous pression, cette rareté devient un facteur supplémentaire de vulnérabilité.
Autre inquiétude majeure : le départ des forces vives du pays. Les évêques parlent d’une véritable saignée. Jeunes, enseignants, médecins et autres fonctionnaires quittent le Burundi pour chercher de meilleures conditions de vie à l’étranger. À l’origine de cet exode, ils pointent notamment les bas salaires, devenus incapables de couvrir les besoins ordinaires de la vie.
Tout en reconnaissant les efforts de l’État pour promouvoir la propreté, les évêques émettent des réserves sur certains aspects du projet de pavage. Ils se demandent si les exigences liées aux espaces à respecter entre les maisons, les infrastructures privées et les routes ne risquent pas d’aggraver la situation des familles économiquement faibles.
Ils posent aussi la question environnementale. Ce pavage, s’interrogent-ils, ne comporte-t-il pas des risques pour l’environnement ? Une manière d’inviter les pouvoirs publics à concilier modernisation urbaine, protection des ménages vulnérables et sauvegarde écologique.
Les évêques abordent ensuite un autre sujet sensible : les activités organisées le dimanche. Ils disent s’inquiéter de certaines initiatives auxquelles des fidèles chrétiens seraient contraints de participer. Pour eux, cette pratique risque d’amener ces derniers à faillir au troisième commandement du Décalogue, consacré au respect du jour du Seigneur.
Sur le terrain politique, le communiqué soulève également une préoccupation. Les évêques s’interrogent sur la pratique consistant à exiger des cotisations à des personnes qui ne sont pas membres d’un parti politique. Une telle exigence, se demandent-ils, ne constitue-t-elle pas une violation de la Constitution de la République du Burundi, qui reconnaît le multipartisme en son article 75 ?
La dernière partie du communiqué prend une tonalité plus grave. Les évêques déplorent la découverte de corps sans vie dans différents endroits du pays, sans que les auteurs de ces crimes soient identifiés. Ils évoquent aussi le cas de prisonniers qui ont déjà purgé leurs peines, ou qui ont été acquittés par les tribunaux, mais qui restent en détention sans connaître le motif de leur maintien en prison.
Au terme de ces observations, le message des évêques apparaît comme un diagnostic contrasté. D’un côté, ils reconnaissent un climat général de paix et de sécurité. De l’autre, ils alertent sur des fragilités profondes : récoltes insuffisantes, routes dégradées, pénurie de carburant, manque de produits essentiels, exode des compétences, pressions politiques, inquiétudes environnementales et dysfonctionnements judiciaires.
Après ces échanges sur la vie ecclésiale et sur la situation générale du pays, les évêques se sont penchés sur les points inscrits à l’ordre du jour de leur Assemblée plénière ordinaire.
Au terme de cette Assemblée plénière, le message des évêques tient en une ligne de crête : reconnaître les signes d’apaisement sans détourner le regard des blessures du pays. Dans une parole sobre, mais lourde de sens, la CECAB rappelle que la paix ne se mesure pas seulement à l’absence de troubles. Elle se vérifie aussi sur les routes, dans les champs, dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les familles et dans la dignité quotidienne des citoyens.
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