UNE TAXE QUI FUIT.
🚨 Sept millions d’euros en 2016. Cinq cent quarante-six millions en 2024. Multiplication par soixante-dix-huit en huit ans. La taxe GEMAPI, créée par la loi MAPTAM en 2014 pour financer la prévention des inondations, est l’une des progressions fiscales les plus rapides de l’histoire récente. 78,7% des communes l’ont adoptée. Au 1er janvier 2026, le plafond passera de 40 à 50 euros par habitant.
🤡 Premier problème, l’assiette. La taxe GEMAPI est censée protéger l’ensemble des habitants. Elle est en réalité payée par une minorité. Depuis la suppression de la taxe d’habitation sur la résidence principale en 2023, elle pèse sur les propriétaires via la taxe foncière. Locataires : exonérés. Une taxe universelle par sa justification, particulière par son assiette.
🐦 Deuxième problème, la pertinence géographique. 17 millions de Français vivent en zone potentiellement inondable. Mais la taxe est levée dans 78,7% des communes, dont une majorité écrasante n’est exposée à aucun risque. Des dizaines de millions de propriétaires paient pour des digues qu’ils ne franchiront jamais. Le principe pollueur-payeur est inversé : on paie pour le risque des autres.
🚨 Troisième problème, l’efficacité. Tempête Alex en 2020 : 1,4 milliard d’euros de dégâts. Tempête Aline en 2023 : 600 millions. Inondations de l’Ouest et de la Gironde en 2024-2025 : parmi les pires de la décennie. Pendant ce temps, la taxe a été multipliée par vingt depuis Alex. Le décalage est saisissant. La taxe n’a pas réduit la vulnérabilité du territoire.
🤡 L’aveu officiel est arrivé en février 2026. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, en déplacement en Gironde inondée, a reproché aux collectivités de “sous-utiliser” la taxe. Quelques jours plus tard, Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement, a demandé “une évaluation”. Huit ans après sa généralisation, le gouvernement reconnaît qu’il ne sait pas où va l’argent.
🐦 Pendant que l’État interroge le rendement, la Métropole du Grand Paris assume le détournement géographique. Un communiqué de Patrick Ollier revendique 10 millions d’euros engagés pour indemniser les agriculteurs du Châtillonnais, en Côte-d’Or, à 250 km de la capitale. Le propriétaire parisien finance le revenu d’un exploitant bourguignon. On appelle cela “solidarité de l’aval vers l’amont”.
🚨 Et certains territoires paient deux fois. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, la taxe ancestrale sur les wateringues, indispensable au drainage des terres sous le niveau de la mer, continue d’être prélevée. La GEMAPI s’y ajoute. Double imposition pour le même service. La taxe nouvelle, vendue comme une mutualisation moderne, n’a jamais remplacé les anciennes.
🤡 Face à une taxe inefficace et mal ciblée, le gouvernement n’envisage aucune réforme structurelle. Il propose simplement de relever le plafond de 40 à 50 euros. Plus d’argent dans la même mécanique défaillante. Doctrine fiscale française : quand un impôt ne produit pas les résultats attendus, on l’augmente.
🐦 La GEMAPI n’est pas un cas isolé. C’est un modèle. On identifie un besoin légitime. On crée une taxe dédiée. On la concentre sur ceux qui ne peuvent pas se défendre, les propriétaires immobiles. On la multiplie par soixante-dix-huit en huit ans. On obtient des résultats invisibles. Et on conclut en relevant le plafond. Le contribuable propriétaire devient la variable d’ajustement permanente.
L’État a transféré aux collectivités la charge de protéger contre les inondations, leur a donné le droit de lever une taxe, et propose maintenant de l’augmenter parce que les digues cassent. À l’avenir, on appellera ça la responsabilité partagée.
ℹ️ Sources : DGCL (montants annuels GEMAPI). UNPI Observatoire des taxes foncières. Sénat, rapport délégation collectivités juin 2025. Banque des Territoires (déclarations Barbut/Gatel février 2026). PLF 2026. Métropole du Grand Paris. IREF Europe. Article 1530 bis CGI.