Soutien à Étienne Klein : le doctorat est perdu, mais la valeur reste
Depuis juin 2026, Étienne Klein ne détient plus de doctorat. Son doctorat en philosophie des sciences, soutenu en 1999 à l’université Paris-Diderot (aujourd’hui Paris Cité), lui a été retiré après une enquête concluant à des plagiats massifs (environ deux tiers des pages). Il lui est également interdit de se réinscrire en doctorat.
Cela n’efface pas son parcours : ingénieur de l’École centrale, DEA de physique théorique, habilitation à diriger des recherches (HDR) obtenue en 2006, et directeur de recherche au CEA. Pendant plus de 25 ans, il a été l’un des meilleurs vulgarisateurs scientifiques français, faisant aimer la physique et la philosophie des sciences à un très large public.
Revenir 27 ans après sur une thèse validée par un jury, qui s'est appuyé sur l'écrit et une soutenance, lors de laquelle il a été aisé d'évaluer le niveau de connaissances requises, ainsi que de dissiper d'éventuels doutes, ou d'en confirmer la pertinence,
pose une question de proportionnalité et de prescription morale. Le droit du travail reconnaît d’ailleurs la continuité de responsabilité des personnes morales : on ne sanctionne pas massivement un salarié pour des faits anciens sans alerte intermédiaire, surtout quand l’institution a laissé passer des décennies.
Les révocations de doctorat restent rares. Celle-ci, particulièrement sévère, intervient dans un contexte universitaire français tendu.
Sur le fond, le plagiat est avéré et regrettable. Klein lui-même a reconnu des « erreurs » et de la « négligence ». Les années qui ont suivi ont largement validé la pertinence de ces publications, prises de parole et émissions, dont le fond n'a jamais (à ma connaissance) été remis en question. Dans le cas présent, on s'attache à un élément qui fait fi des réalisations. Qui plus est, le timing et la médiatisation interrogent.
L’affaire a été lancée par Arrêt sur images, relayée en priorité par des médias et personnalités souvent situés à gauche de l’échiquier (souvent proches de LFI ou EELV), tandis que Klein gêne depuis longtemps certains discours « antiscience » ou décroissants : défenseur du nucléaire, critique de certaines idéologies radicales en écologie, promoteur d’une science exigeante et universaliste.
On observe ainsi un schéma récurrent : des chercheurs ou vulgarisateurs qui dérangent sur des sujets clivants (énergie, climat, rôle de la technique) font soudain l’objet d’un examen approfondi de travaux anciens. On cherche le détail qui permettra de censurer l'intervention à une conférence ou de rejeter des travaux considérés comme polémiques.
L’université, traversée par une forte politisation depuis plusieurs années, voit parfois l’arme de l’intégrité scientifique utilisée de manière sélective. Des cas de fraudes plus récentes ou plus graves n’ont pas toujours entraîné des sanctions aussi lourdes.
Mon soutien ne nie pas les fautes. Il repose sur ceci :
- Les diplômes ne définissent pas la valeur d’un scientifique. Ce sont les réalisations, la rigueur dans l’exercice du métier et la capacité à transmettre qui comptent. Klein a largement démontré ces qualités.
- L’exigence d’intégrité doit être la même pour tous, sans deux poids deux mesures, et proportionnée au parcours global.
- La politique n'a pas sa place dans la science
Dans un climat universitaire polarisé, on doit veiller à ce que la chasse aux irrégularités ne devienne pas un outil de règlement de comptes idéologiques.
J’ai toujours jugé les personnes sur leurs apports concrets plus que sur un bout de papier. Étienne Klein a rendu la science accessible, exigeante et enthousiasmante. C’est cet héritage qu’il faut défendre, même en reconnaissant des erreurs passées.
Le débat sur l’intégrité académique est nécessaire. Mais il doit rester juste, et ne pas masquer les contributions réelles sous des motifs politiques.
Ci-dessous un article mesuré de
@ActuaLitte.
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