« Le plus petit temple du
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Les visiteurs sourient poliment en découvrant notre temple. Une salle préfabriquée années 70, de ces salles associatives moche qu'on trouve dans n'importe quelle banlieue.
Quarante places tout au plus. Une entrée-salle humide si petite qu'on y fait les agapes dans le temple lui-même, entre les colonnes.
Des chaises en bois inconfortables — ce qui a au moins le mérite d'éviter tout endormissement pendant les planches trop longues.
Trop froid l'hiver, on regrette le pull. Trop chaud l'été, on transpire sous les décors. Un dignitaire l'a même qualifié un jour de « plus petit temple du
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Il a tous les défauts du monde. Aucun charme architectural. Rien qui impressionne au premier regard.
Et pourtant.
C'est là que j'ai vu la Lumière. C'est là que je suis revenu, deux fois par mois, depuis vingt ans. On a tous une poignée de lieux où on se sent vraiment chez soi. Ce temple en fait partie.
J'ai eu la chance de visiter de nombreux temples au fil des années. Tous les styles, toutes les époques. Du moche et humble comme chez nous, du faste et monumental. Il y en a pour tous les goûts. Certains sont de vraies œuvres architecturales : néo-égyptien, Art nouveau, néo-classique... Des temples qui témoignent de l'histoire artistique de leur époque.
Et c'est indéniable : en Maçonnerie, où le caractère théâtral et sensoriel est essentiel, la forme contribue au fond. On maçonne mieux dans du beau que dans du laid. Enfin moi en tout cas. L'atmosphère compte. Tout cela joue sur la qualité du travail. Je suis particulièrement sensible à cette architecture maçonnique, à ce qu'elle dit de notre rapport au sacré, au symbole, au collectif.
Même chez les plus modestes, même dans les temples sans prétention ni moyens, on retrouve toujours quelque chose. Le charme d'une forme d'art populaire. C'est ma conviction profonde : ces temples, souvent décorés par les Frères et Sœurs eux-mêmes, révèlent une véritable tradition d'art populaire maçonnique.
Sans aller jusqu'à Picassiette ou au Facteur Cheval, je reste persuadé qu'il y a un beau livre à faire sur tous ces temples modestes qui furent bricolés, peints, assemblés par les Frères et Sœurs au travers de l'histoire. Un patrimoine invisible et touchant.
Car dans la plupart des cas, ce sont eux qui supervisent et qui, le plus souvent, mettent la main à la pâte.
Ils y mettent de leur âme, de leurs rêves, de leurs lectures symboliques. Cela se voit. Cela se ressent dès qu'on pousse la porte. Et cela contribue non seulement au charme particulier de ces lieux, mais aussi — et surtout — à la qualité des travaux.
Maçonner dans un temple décoré par ses membres crée une atmosphère unique. Cela dit quelque chose de la démarche maçonnique de ceux qui l'ont construit, de leur sensibilité, de ce qu'ils ont voulu transmettre.
Décorer un temple, c'est aussi, au fond, une forme de planche collective. On y met les symboles dont on est proche, ceux qui nous parlent vraiment. Ceux qu'on a travaillés.
Je me souviens d'une polémique dans une Loge amie : un Frère voulait absolument peindre l'Arbre séphirotique au plafond.
Dans ma Loge, nos décors (colonnettes, canne et épée, lampes des officiers…) ont tous été réalisés par un ancien Frères menuisier amateur… Et bien, cela à « de la gueule » !
Et encore, aujourd’hui, bien que parti dans une autre Obédience, il offre un maillet de sa main à chaque nouveau Vénérable…
Et puis, justement, il y a les travaux opératifs, au sens littéral. Chaque été, dans beaucoup de Loges, on participe aux rénovations annuelles. On repeint les murs, on répare ce qui cloche, on améliore ce qui peut l'être. Prendre soin de son temple renforce le collectif. C'est concret, c'est utile, c'est fraternel. Son temple, c'est sa maison commune. C'est faire souche, au sens fort. C'est un puissant facteur d'enracinement et de construction du collectif.
Je pense que cela joue beaucoup sur le lien qu'on entretient avec sa Loge : il y a une vraie différence selon qu'on maçonne dans un petit temple dont on participe activement à la vie — où on connaît l'histoire de chaque symbole peint, où on sait qui a réparé telle fissure — ou dans un grand temple institutionnel comme Cadet, infiniment plus majestueux mais aussi plus impersonnel, presque muséal. Les deux ont leurs vertus, évidemment.
Mais on ne vit pas la même chose. Dans l'un, on est chez soi. On habite le lieu. Dans l'autre, on visite une cathédrale. C'est beau, c'est impressionnant, mais ce n'est pas le même rapport.
Notre petit temple moche et humble, avec ses défauts et son manque de grâce... Mais il est à nous. Collectivement et intimement. C'est peut-être ça, finalement, qui fait qu'un lieu devient sacré : non pas sa beauté architecturale, mais le fait qu'on y ait mis de soi. Qu'on l'ait habité, travaillé, entretenu. Qu'on y ait vécu des moments forts. Qu'on y revienne.
Un bémol cependant : très prosaïquement, dans une époque où il y a certainement nécessité d'un regroupement des Loges, les "petits" Orients comme le mien ne permettent pas de rassembler les Ateliers, préalables à de possibles fusions.
"Small is beautiful", mais les "petits Orients, comme les "petits Ateliers sont mécaniquement plus fragiles : une politique immobilière ambitieuse est aussi un outil d'extériorisation/recrutement...
Et vous ? Quelle est l'histoire de votre temple — qui l'a décoré, rénové, façonné ? Y avez-vous participé vous-même ? Qu'est-ce qui fait que vous vous y sentez chez vous, ou pas ?
#FrancMaçonnerie #MaVieDeMaçon