La France vient donc de lancer l’AO10, nouveau grand appel d’offres pour l’éolien en mer. 100 euros le MWh, garantis pendant 25 ans, pour près de 10 GW de nouvelles capacités. Faisons le calcul.
Le parc de Saint-Nazaire, aujourd’hui l’un des seuls retours français significatifs, affiche un facteur de charge d’environ 37 %. Prenons donc une fourchette réaliste entre 30 et 37 %.
Avec 10 GW installés, l’AO10 produirait alors entre 26 et 32 TWh par an. À 100 €/MWh garantis pendant 25 ans, cela représente entre 2,6 et 3,2 milliards d’euros par an, soit entre 66 et 81 milliards d’euros de revenus garantis sur la durée du contrat.
Voilà donc “l’énergie abondante”, un immense dispositif contractuel où l’État garantit pendant un quart de siècle la rémunération d’une production qui dépendra de la météo, du réseau, des maintenances, des congestions et des prix de marché.
Le coût pour les consommateurs dépendra évidemment du prix de marché futur. Mais si l’électricité vaut en moyenne 60 €/MWh, il faudra compenser environ 1 à 1,3 milliard d’euros par an. Si elle vaut 50 €/MWh, la compensation monte autour de 1,3 à 1,6 milliard par an. Sur 25 ans, on parle donc de dizaines de milliards d’euros.
Tout cela pour une production qui arrivera entre 2035 et 2040, c’est-à-dire à l’heure où l’on aura déjà eu le temps de découvrir trois nouvelles urgences climatiques, deux plans d’électrification et une commission d’enquête sur le coût des précédents…
Certains objecteront que Flamanville est aussi parfois évoqué autour de 100 €/MWh. Mais comparer brutalement les deux chiffres revient à confondre une étiquette de prix et un service électrique.
Flamanville est un désastre industriel de premier de série, un cas d’école de dérive de chantier, mais l’EPR produit une électricité disponible quand on en a besoin, sur une durée de vie qui peut se compter en soixante ans ou davantage. L’offshore à 100 €/MWh vend une production intermittente, contractualisée sur 25 ans, qui impose autour d’elle réseaux, raccordements, flexibilités, réserves et arbitrages de marché…
L’appel d’offres intègre également des critères favorisant les constructeurs européens et limitant certains composants venus de Chine. Sur le papier, c’est cohérent. Dans la réalité, cela signifie souvent de payer plus cher pour reconstruire à marche forcée une filière que l’on a laissé dépendre de chaînes mondiales, tout en jurant que le résultat sera un jour compétitif.
La souveraineté énergétique consiste désormais à acheter une énergie intermittente plus chère, avec des composants plus contrôlés, pour produire une électricité dont la valeur dépendra de la météo et de l’état du réseau. On sent tout de suite le génie stratégique.
À l’échelle de l’objectif 2050 définit par la PPE3, le vertige grandit.
45 GW d’éolien en mer, avec le même facteur de charge, représenteraient environ 177 TWh par an. À 100 €/MWh, cela ferait près de 18 milliards d’euros de revenus annuels garantis, soit plus de 440 milliards sur 25 ans. Bien sûr, tous les futurs appels d’offres ne seront pas forcément au même prix. Mais cela donne une idée de ce que signifie concrètement “changer d’échelle”…
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