Le numérique est toujours un amplificateur, jamais une cause.
Voilà mon hypothèse sur la question : le numérique n'a pas changé les relations humaines, il a changé la notion d'espace. Avant, pour interagir avec les gens, il fallait une proximité physique. Certes, l'écrit existait, vous pouviez leur envoyer des lettres afin de maintenir un lien, mais la majorité des interactions se faisaient dans le même espace physique. Ensuite, un espace virtuel a commencé à se créer. On pourrait dire que ça commence par la radio, la télévision puis le numérique, mais peut-être que la massification de la presse au XIXe siècle marque le début de cette tendance : d'un coup, M. Tout le monde peut lire l'opinion dans les journaux, il n'a plus besoin de parler directement aux gens.
À chaque fois, la technique a permis l'expression de dynamiques sociales qui existaient déjà auparavant. Ce que le numérique a changé, s'est qu'il a individualisé le changement : chacun a son téléphone dans sa poche, accessible à l'envi, avec des notifications qui l'interrompent, et ce temps consacré à l'espace numérique fait concurrence à l'espace physique, celui des relations de toujours.
Je pense aussi qu'on peut y voir une extension du nombre de Dunbar : l'allocation du temps à des relations concurrentes est déjà une question abordée dans son travail anthropologique. Je ne vois pas pourquoi le temps numérique ne rentrerait pas en conflit avec le temps physique passé avec des relations à la limite extérieure du cercle (les gens que vous connaissez un peu, les bavardages occasionnels).
Encore un truc sur lequel j'aimerais écrire un jour, mais bon, le temps, etc.
D’accord avec cette analyse ; je préciserais juste que le numérique n'est pas la cause première mais un révélateur et un amplificateur ; révélateur de fragilités d'attachement préexistantes dans un environnement culturel qui a déjà détruit ce qui favorise le lien.