Futurs Ăpoux : Chapitre I partie 3, « la notion dâamour »
Méditations de lecture
Il convient de reprendre les trois conditions Ă lâamour exposĂ©es dans ce chapitre par lâabbĂ© C. Grimaud.
Nous dit-il : lâamour est saint, il est fĂ©cond, il est indissoluble.
Tout dâabord, il est bon de rappeler que lâamour est le principe de lâĂȘtre créé ; en ce sens quâil est sa source, sa raison et son ultime fin. De sorte quâun ĂȘtre aimant est en quelque sorte plus ĂȘtre quâun ĂȘtre mal aimant.
Il semble que lâamour est le feu de lâesprit - certains disent de lâĂąme ; toutes les cultures, ou du moins celles qui nous font le plus et le mieux Ă©cho, toutes les races, ou au moins celles qui ont marquĂ© notre histoire humaine, enfin tous les siĂšcles, ont dĂ©peint le sentiment dâamour comme un grand brasier qui ne connaĂźt pas lâextinction.
Ainsi, ce feu est saint, câest-Ă -dire pur, sans mĂ©lange. Le feu nâadmet pas en son essence dâautre principe que lui-mĂȘme ; il est sa propre source, et ce quâil rencontre qui lui est Ă©tranger, il le transforme en lui-mĂȘme, le consumant. Il faut, pour que ce feu dĂ©marre, quelque matiĂšre qui serve de substrat Ă sa flamme ; il faut encore que ce substrat subisse quelques opĂ©rations qui permettent au feu de lâembraser pleinement. Puisque lâamour est un feu dâesprit, ce substrat doit lâĂȘtre aussi, et lâallume-amour qui lâembrase, pareillement ; or lâhomme est, en partie du moins, un esprit. Câest un esprit qui est portĂ© vers dâautres esprits qui deviennent alors le motif de lâamour. Plus ce motif est puissant, plus la flamme le sera ; Ă©videmment, une fois le motif consumĂ©, il ne reste plus rien Ă aimer ; le feu diminue. Il faut donc Ă lâamour un motif inextinguible ou, Ă dĂ©faut, une plĂ©thore de plus petits motifs qui le fassent subsister.
Lâamour des mondains est ce feu quâon ne veut pas trop chaud, pas trop grand, pas trop puissant, pas trop prenant Ă entretenir ; câest ce feu auquel on ne donne que de petits motifs mais auquel on refuse un substrat sur lequel grandir, pensant que les vaines passions suffiront Ă garder la flamme intacte. Les mondains ignorent que le feu veut se rĂ©pandre par nature ; il tend Ă tout enflammer et ne connaĂźt pas la tiĂ©deur. Que si quelquâun pense pouvoir le tempĂ©rer en y jetant un peu dâeau ou en le privant de sa nourriture, le feu prĂ©fĂšre sâĂ©teindre et mourir que de devenir mĂ©diocre. Il dĂ©vorera les motifs prĂ©sentĂ©s, certes, de sorte que ces derniers ne soient plus rien, et aprĂšs il mourra, ne laissant derriĂšre lui rien dâautre que les gros motifs quâon lui aura refusĂ©s. Le mondain prĂ©tend donc pouvoir chauffer sa maison en ne prĂ©sentant Ă la cheminĂ©e que des brindilles - efficace, certes, pour faire partir la flambĂ©e - et, refusant Ă ce feu naissant quelconque bĂ»che, il trouvera bien difficile de brĂ»ler une fois que les brindilles viendront Ă manquer. La maison restera tiĂšde, puis froide, et le mondain nâaimera plus.
Ainsi, lâamour est fĂ©cond ; il tend Ă se rĂ©pandre et Ă tout transformer en lui. Quand lâĂąme sacrifie tout Ă lâamour, câest-Ă -dire quâelle ne lui refuse aucun motif. Mais miracle ! Plus lâĂąme sacrifie, plus elle trouve de motifs Ă sacrifier ; son feu peut tout consumer, il est gigantesque. LĂ oĂč le feu du mondain peine Ă embraser une bĂ»che, celui de lâĂąme aimante brĂ»le la cheminĂ©e, la maison, le village, le pays et, si ce peut, le monde entier. Tout devient motif Ă lâamour de lâĂąme aimante, mais il se trouve bien un jour oĂč le feu ne croĂźt plus, il stagne, nĂ©cessitant un motif infini, quelque chose qui brĂ»le toujours mais ne se consume jamais. Peu dâĂąmes, il est vrai, atteignent ce niveau et, bien souvent, elles tempĂšrent les flammes de leur amour de toutes sortes dâeaux. Le mondain, soit prĂ©sente Ă son feu des bĂ»ches encore humides, soit verse le fond dâune tasse directement dans la flamme.
1/2