Si debat il y a à l’assemblée nationale (sur une loi votée après débat), il sera utile à cette occasion d’objectiver les données et de sortir des postures moralisatrices.
Car la loi Duplomb ne mérite ni les caricatures, ni les outrances, ni les campagnes de désinformation qu’elle suscite. Elle ne crée pas un droit à polluer. Elle ne sacrifie pas la santé des Français à des intérêts agricoles. Elle prend acte, avec lucidité et responsabilité du péril d'une agriculture française fragilisée.
1. Il s'agit d'un texte qui vise à sortir de l’asphyxie réglementaire
La Loi tend à simplifier, sécuriser et rendre plus lisible l’exercice du métier d’agriculteur. Il n’autorise pas massivement les néonicotinoïdes, comme certains le prétendent mais prévoit la possibilité d’utiliser, à titre exceptionnel et encadré, deux substances (acétamipride et flupyradifurone), en l’absence d’alternatives efficaces, pour des filières spécifiques comme la noisette ou la betterave.
C’est une réponse ciblée à des pertes de rendement catastrophiques, comme l’ont connu certains producteurs ces dernières années (–30 % dans la filière noisette). Et c’est une mesure d’équité, alors que ces mêmes substances restent autorisées chez tous nos voisins européens.
2. Sur l’acétamipride : des faits, pas des fantasmes
Contrairement aux affirmations militantes, l’EFSA a réexaminé l’ensemble des études incriminant l’acétamipride, y compris celles demandées par l’État français et les ONG. Résultat : aucun élément scientifique n’a justifié une interdiction, ni en matière de santé humaine, ni d’impact environnemental majeur (Source : EFSA Journal, mars 2024).
En outre, l’exposition constatée dans les études d’imprégnation ne vient pas du monde agricole : l’acétamipride est davantage utilisé en usage domestique (897 kg) qu’en usage agricole (758 kg). Ce paradoxe est révélateur : on stigmatise les agriculteurs mais on tolère les mêmes substances dans les placards à produits ménagers.
Enfin, des substances bien plus toxiques comme l’imidaclopride, interdites en agriculture, restent en vente libre dans les colliers antiparasitaires pour animaux de compagnie.
3. Ce que dit vraiment la loi Duplomb au-delà du cas médiatique de l’acétamipride :
- La reconnaissance de l’intérêt général majeur pour les retenues d’eau agricoles, encadrées dans les SDAGE,
- La simplification des procédures pour certaines installations d’élevage, sans suppression des normes environnementales,
- La création d’un Conseil d’orientation scientifique indépendant sur les intrants, en lien avec l’ANSES,
- L’allègement de la charge administrative, sans réduire les contrôles de terrain.
Il s'agit ni plus ni moins d'une tentative de restaurer un équilibre cohérent entre souveraineté alimentaire, compétitivité agricole et exigence écologique.
4. Pour une agriculture française compétitive, durable et libre
Sans fermes viables, il n’y a ni transition écologique, ni souveraineté alimentaire. Une agriculture française rendue exsangue par des normes illisibles n’investira ni dans l’agronomie de précision, ni dans l’innovation, ni dans la préservation des sols. Le progrès écologique a besoin de marges économiques pour se financer.
Ce n’est pas en interdisant toujours plus, en cédant à la panique ou à l’idéologie, que l'agriculture se modernisera. C’est en faisant confiance à ceux qui cultivent notre sol, qui connaissent leur métier, et qui demandent simplement un cadre clair et équitable.
5. Une démocratie ne se construit pas sur le mensonge
Des pétitions massives fondées sur des affirmations scientifiquement fausses, des cancers instrumentalisés sans lien avéré, des députés menacés, et une rhétorique de guerre contre la raison : c’est la logique du soupçon permanent, l’extension de la culture de l’accusation, la tentation d’une forme d’idiocratie populiste.
Dans une démocratie apaisée et mature, on décide à partir des faits vérifiés. Et on respecte ceux qui travaillent, qui produisent, qui nourrissent.