Quelques réflexions personnelles sur cette décision de l'Arcom. On va essayer de porter le moins de jugements de valeur possible pour analyser les conséquences d'une telle décision.
La première chose qu'il faut avoir à l'esprit est que la neutralité journalistique n'existe pas. Le journaliste qui se prétend neutre se ment à lui-même et, plus grave encore, ment à son public.
Non que la subjectivité induise nécessairement la désinformation. Mais l'honnêteté commande de marteler que la subjectivité imprègne chaque facette de l'activité médiatique.
Elle se manifeste d'emblée dans le choix des sujets traités (et donc des thématiques qui ne le seront pas ou moins) ainsi que la manière dont on hiérarchise l'information.
Dans une démocratie saine, les médias sont, en principe, libres de la manière dont ils hiérarchisent l'information et de l'angle qu'ils choisissent d'adopter.
Un média de gauche parlera peut-être un peu moins que les autres de croissance économique et un peu plus d'inégalités de revenus et de patrimoine. Il portera au pinacle les analyses de Gabriel Zucman et Thomas Piketty et défendra davantage la supériorité de l'économie administrée sur l'économie de marché.
Un média libéral adoptera peut-être une posture un peu plus critique que les autres sur l'excès de réglementations et de fiscalité, et encensera plus qu'à l'accoutumée les entrepreneurs.
Un média décroissant produira une quantité plus élevée que la moyenne d'analyses critiques de la civilisation industrielle.
Un média conservateur parlera sans doute de manière plus critique que les autres des politiques migratoires actuelles.
La possibilité pour un média de hiérarchiser l'information et de privilégier certaines préoccupations par rapport à d'autres est la définition même de la liberté éditoriale, conséquence logique de la liberté d'opinion, d'expression et de la presse.
C'est tout l'intérêt du pluralisme que de permettre l'existence d'une variété de médias capables de refléter la diversité des préoccupations qui traversent la société.
Cnews n'a jamais fait mystère d'une ligne éditoriale plus critique que les autres sur les questions migratoires ou relatives à la place de l'islam dans la société française. On est évidemment libre de contester ce choix.
Il n'en demeure pas moins que cette chaîne offre une plateforme à des préoccupations qui étaient et demeurent encore, jusqu'ici, sous-représentées dans les autres médias, si l'on s'en tient strictement à l'état de l'opinion publique et des rapports de force électoraux.
Pour illustrer mon propos, je me permets de faire part de mon cas personnel, non par narcissisme (ou pas seulement), mais parce qu'il se trouve que c'est celui sur lequel j'ai le plus d'informations.
Après avoir récemment publié un livre sur l'Islam qui me vaudrait d'être tué dans la plupart des pays où cette religion est majoritaire, j'ai fait l'objet d'une belle couverture médiatique dans les médias de droite et conservateurs ; d'une couverture modérée dans les médias/émissions centristes ; et d'une absence totale de couverture dans les médias et émissions classées à gauche du spectre.
De plus, à l'exception notable d'Alain Finkielkraut sur France Culture - que je remercie chaleureusement pour m'avoir ouvert les portes de l'une des émissions les plus prestigieuses du pays - je n'ai reçu aucune autre invitation sur le service public audiovisuel. Et nous sommes nombreux à faire l'objet d'un traitement pareil, alors que les idées que l'on porte sont en phase avec un large public.
Par une décision inédite, une autorité administrative s'arroge donc le droit de s'ingérer dans la ligne éditoriale d'un média privé au nom d'un « pluralisme interne et élargi », au-delà de la question des temps de parole des personnalités politiques. Il s'agit manifestement d'une décision illibérale et contraire à la liberté de la presse.
Toutefois, cette atteinte à la liberté de la presse pourrait encore paraître équilibrée, si l'Arcom se montrait tout aussi stricte vis-à-vis des autres médias privés - et surtout publics - en les obligeant davantage à accueillir des opinions sous-représentées sur lesdites questions.
Je ne veux pas faire de procès d'intention, mais j'ai comme le sentiment que cette décision se fera attendre.
Alors de deux choses l'une.
Ou bien l'Arcom se montrera aussi sévère à l'égard des autres médias audiovisuels en les obligeant à accueillir davantage de commentateurs et d'éditorialistes conservateurs et critiques de l'islam et des politiques migratoires actuelles. Dans ce cas, on entrera dans une nouvelle ère où la liberté éditoriale sera sérieusement restreinte, mais où le principe d'une égalité de traitement entre courants de pensée concurrents demeurera globalement respectée, voire renforcée.
Ou bien cette décision ne concerne que Cnews, et il s'agit d'une tentative insidieuse - sous couvert de pluralisme - d'affaiblir certains courants de pensée particuliers, à quelques mois de la présidentielle. Ce qui serait un pas de plus vers un régime illibéral en matière de presse et de médias.
💥DINGUE !
Pour la 1ère fois depuis 50 ans, l’Etat via l’
@Arcom_fr intervient directement sur la ligne éditoriale d’1 chaîne de télévision privée
L’Etat exige que CNews parle moins d’insécurité, d'immigration, d'islam ou de l’Algérie ou alors en terme élogieux !