Et là encore, l’État ne manque pas de ressources, du moins en matière d’ingéniosité prédatrice.
Or, pour éponger le trou de la Sécu, l’institution de la rue Cambon propose de se servir directement sur les comptes bancaires des patients afin de récupérer les franchises médicales impayées au titre du tiers payant. Plus de relance, plus de courrier, plus de fastidieux consentement ! Zou, la main de l’État pioche dans le porte-monnaie et l’affaire est entendue.
Le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, vendu jadis comme une nécessaire simplification, a surtout prouvé son efficacité redoutable pour court-circuiter le mauvais payeur. Maintenant que l’infrastructure technique est rodée et que l’accoutumance psychologique est acquise, il ne reste plus qu’à étendre le procédé aux prestations encore épargnées. Le pli est pris, le réflexe installé : ce qui était l’exception devient la norme.
Il y a là une savoureuse ironie pour qui se souvient des promesses initiales : le tiers payant généralisé nous fut présenté comme une magnifique avancée sociale, le triomphe de la «gratuité» des soins. Mais voilà, incapable de maîtriser l’usine à gaz bureaucratique qu’il a lui-même enfantée, l’État choisit la voie de la facilité, c’est-à-dire la ponction automatisée. Avant le pillage machinal, je présume.
Reste l’asymétrie du système dans son ensemble, dans lequel l’État peut venir prélever d’autorité 50 centimes sur votre compte courant parce que vous avez eu l’outrecuidance d’acheter une boîte de Doliprane, pendant que vous, contribuable docile, êtes prié d’éponger 3460 milliards d’euros de dette pour bénéficier de mairies qui ferment à 16 heures, d’urgences engorgées par la bobologie d’un tiers-monde peu pressé et d’un système de santé désormais digne de la grande époque soviétique, inclus les formulaires Cerfa (en russe ou quasiment).
Le citoyen doit tout, l’État ne rend rien : voilà du contrat social comme on les aime en France.
Pas de doute, le pays a consciencieusement épuisé le fameux «pognon de dingue» des autres, et la fête touche à sa fin.
Mais comme la solution n’est jamais, au grand jamais, de réduire le périmètre d’un État obèse ni de tailler dans une bureaucratie pléthorique, il ne reste plus qu’à élargir le filet et à automatiser le prélèvement. La logique est implacable : faute de pouvoir maigrir, le Léviathan préfère se brancher directement sur les artères de ses administrés.
La course à la ponction devient de plus en plus frénétique, de plus en plus inventive, de plus en plus douloureuse. La grenouille fiscale mijote tranquillement dans sa casserole, et le couvercle vient d’être fermement vissé par prélèvement bancaire direct.
Ceci ne peut pas bien se terminer. source : Hashtable