Le thème de mon dernier papier dans les Echos concerne ce qui pourrait se passer après l'éclatement –hypothétique à ce stade– de la bulle de l'IA. Ca tombe bien, je sors d'une conférence en Asie où nous avons largement débattu de cela. Quelques observations qui semblent intéressantes :
- Plusieurs analyses concordantes montrent que la presque totalité de de la croissance du PIB américain vient de l'IA – Jason Furman Harvard, Schroder, etc. Cela signifie que sans ces investissements, les USA seraient techniquement en quasi-récession, mais aussi que l'IA n'entraîne pas (encore) le reste de l'économie. En soit, ce n'est pas inquiétant, sauf en cas d'explosion de la bulle avec une économie qui pourrait rentrer fortement en territoire négatif.
- L'amortissement des GPU se fait sur des durées incroyablement courtes, de l'ordre de 12 à 18 mois, parfois même moins, suscitant une grande avidité des investisseurs, un facteur évident de renforcement du risque de bulle.
Plusieurs analyses observent –aux USA– que les RFQ pour les datacenters sont faits en triple voir en quadruple. Il y a probablement une forte surestimation du nombre réel de projets.
- L'unité de mesure en IA est désormais le GW de GPU. Un gigawatt c'est en gros une tranche de centrale nucléaire. C'est beaucoup. En France, c'est l'équivalent de la consommation de 1,3 millions de personnes moyennés sur l'année. Les états-Unis concentreraient presque 100 GW de nouveaux projets de datacenters IA, soit 1/5ème de la consommation élec. du pays.
- Pour faire bonne mesure, en France Xavier Piechaczyk, le DG de RTE, a annoncé avoir contractualisé pour 30GW d'accès pour des datacenters d'IA. A l'échelle du pays, c'est considérable et si ça se réalise vraiment, ça va durablement affecter l'organisation du grid électrique français (à priori surtout dans les Hauts de France et dans l'île de France).
- Il y a des niveau de valorisation totalement absurdes. En premier lieu pour Tesla, dont Musk expliquait encore récemment que "ce n'est pas une entreprise qui fabrique des voitures mais une plateforme Saas" et que le robot Optimus et les revenus des véhicules autonomes vont prochainement composer 90% des profits. Le problème est que le patron de la division de véhicules autonomes vient de partir chez Meta. On pourrait penser que c'est pour un salaire stocks plus important. Ce n'est pas le cas car il a accepté une diminution de revenus. En second lieu Palantir qui vaut 200 à 300 fois ses revenus, ce qui est évidemment absurde. Voir également les interessantes déclaration de Yann Le Cun sur les robots humanoïdes.
- Le sujet c'est l'Europe. Comment éviter une contagion d'une explosion de bulle qui semble désormais difficilement évitable ? L'Europe est en retard et en toute vraisemblance, un éclatement de la bulle y serait aussi prononcé qu'ailleurs, alors qu'il faudrait plutôt continuer à investir lorsque le marché ralenti.