Une petite polémique apparait sur les RS (dont je suis partie prenante). Celle consistant à dire que c'est fantastique d'attirer des investissements liés aux datacenters d'IA. Pourquoi pas. Il faut toutefois avoir à l'esprit qu'un DC-IA c'est essentiellement des équipements américains à commencer par les GPU et que la valeur qui restera en local pourrait bien être marginale : le béton et quelques équipements secondaires. Ceux qui observent que Schneider, société française, assure la partie électrique doivent avoir à l'esprit que les BU qui fabrique ces équipements sont pour l'instant en majorité situées à l'étranger, notamment aux USA. Certes, il est prévu dans le deal Softbank une implantation d'usine à Dunkerque et il faut s'en féliciter. L'inquiétude vient légitimement du fait qu'en n'y prêtant pas attention, la valeur ajoutée française sera minime : électricité, foncièr, gardiennage, quelques ingénieurs chargés de superviser tout cela, tout au plus quelques dizaines par DC. Donc si l'annonce semble spectaculaire (des dizaines de milliards d'Euros) la valeur ajoutée locale pourrait être faible, voir très faible. Dans l'idéal, ce qu'il aurait fallu susciter c'est un acteur français qui exploiterait ces DC et revendrait de la capacité de calcul aux hyperscalers. Des sociétés américaines comme Coreweave ou Crusoe font cela très bien. L'ambition aurait pu être de favoriser l'éclosion d'une telle dynamique et de créer une réelle filière d'exploitation française ou Européenne de DC-IA de classe mondiale. Arthur Mench ne disait pas autre chose lors de son audition parlementaire récente.
Il y a un autre point : nous allons vendre, en faisant une marge de l'électricité parfaitement décarbonée, grâce au nucléaire. Or la France est le seul Pays au monde à avoir de la surcapacité immédiatement disponible ET décarbonée. Pour l'utilisateur du DC (l'hyperscaler), c'est une opportunité de créer un goodwill extraordinaire en pouvant affirmer que ses prompts vont être entièrement décarbonés. Or, une fois que le deal est fait, il est fait. Il ne sera pas possible de réaffecter cette énergie ailleurs. On peut donc se poser la question de l'opportunité d'un tel deal sachant cette dynamique de goodwill qu'elle induit. Vendre de l'électricité à 60/70€ le Mwh c'est bien, mais ça ne va pas nous faire rentrer dans cette nouvelle ère et il n'est pas dit que nous ne pourrions pas la réaffecter à des usages semblables mais plus européens. Quand à l'argument de la souveraineté des données, il ne tient pas. Si le DC est américain, le fait qu'il soit en France ne change rien. Celui qui l'administre en fait ce qu'il veut, il l'arrête quand il veut et personne d'autre n'y peut rien changer.