L'agilité est de retour. Personne n'osera l'appeler comme ça, le mot est grillé. Mais le principe, lui, n'a jamais été aussi pertinent.
Jusqu'à très récemment, le goulot d'étranglement de toute production logicielle était le développement. On a construit tout un écosystème pour protéger le temps des devs. Specs fonctionnelles détaillées, wireframes validés en comité, user flows, poker planning, Definition of Ready, grooming, story mapping, sprints cadrés au quart d'heure. Des semaines de discovery avant d'écrire une ligne de code. Tout ça pour s'assurer qu'on ne gaspille pas une journée de dev sur la mauvaise feature.
Ce monde-là est en train de disparaître.
Avec l'IA, le coût de produire du code s'effondre. Un dev expérimenté avec les bons outils sort en quelques heures ce qui prenait des semaines. Le goulot s'est déplacé vers l'amont et vers l'aval : la capacité à formuler les bonnes hypothèses produit, et la capacité à valider vite que ce qu'on a construit tient la route.
Autrement dit, on peut enfin construire, tester, jeter, recommencer. Pour de vrai. Pas l'itération cosmétique des sprints de deux semaines où on livrait trois tickets. L'itération brutale. Celle où on met un prototype devant des utilisateurs lundi, et où on pivote mercredi.
Mais ça ne marche que si toute la chaîne suit.
Aujourd'hui, la plupart des équipes ont accéléré le dev sans toucher au reste. Le code sort plus vite, mais il attend les mêmes validations, les mêmes allers-retours, les mêmes process de QA manuels. On a mis un moteur de F1 dans un châssis de Twingo.
Pour que la vitesse serve à quelque chose, il faut réinventer toute la chaîne de valeur. La gestion produit, la QA, le design, le déploiement : tout doit être repensé, outillé, automatisé au même niveau que le dev.
Et surtout, les frontières entre métiers doivent bouger. Un dev qui ne pense pas produit, c'est un générateur de code, et l'IA fait ça très bien toute seule. Un product manager ou un designer qui ne sait pas prototyper en vibe coding, c'est quelqu'un qui attend au lieu de tester. Les murs entre "ceux qui pensent" et "ceux qui construisent" n'ont plus de raison d'exister.
L'agilité originelle promettait exactement ça : des équipes pluridisciplinaires, des cycles courts, du feedback permanent. On avait juste pas les moyens de le faire pour de vrai. Maintenant, on les a.
Tout le monde a accès aux mêmes LLM, reste à savoir si votre organisation est capable de tourner à la vitesse que les outils permettent.