L’actualité parlementaire à Kinshasa vient de confirmer ce que nous dénonçons depuis sa genèse : la bascule définitive du régime en place vers une autocratie constitutionnelle. La recevabilité de la proposition de loi Ngondankoy par la Commission PAJ de l'Assemblée nationale n'est pas un acte législatif ordinaire ; c’est le testament de mort de la Constitution de 2006, le coup du tyran porté à l'équilibre des pouvoirs et une tentative de légitimation d'un coup d'État institutionnel.
Ce texte ne réforme pas nos institutions, il les inféode à un absolutisme monarchique qui ne dit pas son nom. En réservant l’exclusivité de l'initiative et de la convocation du référendum au seul chef de l'État, et en lui octroyant le pouvoir discrétionnaire de créer une « Commission multidisciplinaire » sur-mesure pour réécrire les règles du jeu en cas de « dysfonctionnement majeur », ce projet consacre l’hérésie juridique. C'est donner à l'exécutif le droit de suspendre la légitimité constitutionnelle à sa guise et de s’auto-octroyer un pouvoir constituant originaire qui n'appartient qu'au peuple souverain. La transformation ultérieure des deux chambres en une prétendue « Assemblée constituante », soumise à une majorité des trois cinquièmes largement préfabriquée par des simulacres d'élections, n'est qu'un habillage cosmétique.
Le référendum populaire promis au bout du processus n'est pas une expression démocratique, c'est un plébiscite de légitimation d’un pouvoir aux abois. On ne sollicite pas le peuple pour avaliser un diktat ; on l'écoute pour concevoir son destin. Une Constitution n'est pas un habit sur-mesure pour un homme de passage, elle est le bouclier d'une Nation contre l'arbitraire.
Face à cette forfaiture, toutes les forces vives et politiques doivent prendre date devant l'Histoire et devant le peuple congolais. Lorsque la loi fondamentale est instrumentalisée pour pérenniser un clan, le pacte républicain est rompu et la résistance devient le plus sacré des devoirs. Par conséquent, le peuple ne reconnaîtra aucune révision, aucun changement de Constitution, ni aucun référendum constitutionnel issu de cette imposture.