Pendant longtemps, les émissions de CO2 ont suivi le pire scénario du GIEC (RCP8.5), mais cela a changé subitement au cours de la dernière passée. Les émissions fossiles actuelles nous emmènent plutôt vers le scénario RCP4.5. Comment l'expliquer et qu'est-ce que cela implique ?⤵️
Alors qu'elles augmentaient à un taux de 3% par an dans les années 2000, les émissions mondiales de CO2 (à la fois liées aux énergies fossiles et à l'utilisation des terres) ont été relativement stables depuis 2010. Ceci est dû à la transition énergétique qui s'accélère rapidement dans le monde, entraînée par la baisse des coûts des technologies d'énergie propre, ce qui a conduit à une stagnation de l'utilisation mondiale du charbon. L'humanité a dépensé 1100 milliards de dollars en technologies d'énergie propre en 2022, contre environ 780 milliards en 2021 et juste 600 milliards en 2020, une tendance qui ne montre aucun signe de ralentissement.
Les émissions de CO2, qui suivaient à la perfection le scénario catastrophe du GIEC, le RCP8.5, ont alors commencé à s'en séparer au début des années 2010, et le mouvement s'est accéléré. Aujourd'hui, elles correspondent au scénario médian, le RCP4.5. Cela est encore plus clair si nous regardons les seules émissions de CO2 issues des énergies fossiles, qui est le facteur jugé le plus important pour la croissance à long terme (il est responsable de plus de 90% des futures émissions dans les scénarios extrêmes).
Que signifie cette stabilisation des émissions et cette divergence par rapport au scénario extrême pour le climat à venir ? Tout d'abord, il est important de souligner qu'une stabilisation des émissions ne signifie pas que le réchauffement global s'arrêtera ou que le problème sera résolu. L'ampleur de la crise climatique que le monde connaîtra dépend aussi de nos émissions cumulées, et le monde ne cessera de se réchauffer que si nous réduisons les émissions jusqu'à atteindre le "zéro net". Et, même après avoir atteint des émissions nettes nulles, le monde ne refroidira pas pendant de nombreux millénaires à venir, à moins de retirer le CO2 de l'atmosphère.
Toutefois, il est indéniable que le monde ne se dirige plus vers le pire scénario de réchauffement de 4°C à 6°C d'ici 2100. Les politiques actuelles nous placent sur une estimation de réchauffement d'environ 2,6°C, avec une marge d'erreur allant de 2,1°C à 3,6°C en fonction de la sensibilité du climat à nos émissions, de la manière dont le cycle du carbone va réagir à nos émissions, et de la capacité de la Terre à les absorber à l'avenir. Ce qui représentera toujours un désordre gigantesque à gérer, mais moins que ce que l'on pouvait craindre.
Et surtout, les progrès que nous avons réalisés en si peu de temps devraient nous encourager à penser que la réussite est possible. Le nouvel objectif à suivre pour aller encore plus loin serait cette fois de réduire les émissions mondiales au cours de la prochaine décennie, afin de les aligner sur le meilleur scénario, le RCP2.6.
Source :
theclimatebrink.substack.com…