Peut-on pousser certaines cellules cancéreuses au suicide ?
C’est précisément l’idée derrière une nouvelle application de CRISPR baptisée Cas12a2.
Lorsqu’un virus infecte certaines bactéries, celles-ci préfèrent parfois s’autodétruire plutôt que laisser l’infection se propager.
Une enzyme appelée Cas12a2 agit alors comme un véritable bouton d’autodestruction.
Des chercheurs ont eu l’idée de détourner ce mécanisme contre le cancer.
Ils l’ont reprogrammée pour qu’elle reconnaisse certaines signatures génétiques caractéristiques des cellules tumorales, notamment celles associées à des mutations du gène p53, impliquées dans de nombreux cancers difficiles à traiter.
Dès que l’enzyme détecte cette signature, elle s’active et détruit la cellule.
Les premiers résultats sont impressionnants.
Sur l’image ci-dessous, les cellules vertes portent la signature ciblée. Après traitement, elles ont presque entièrement disparu, tandis que les cellules rouges, non ciblées, sont largement épargnées.
C’est précisément ce qui rend cette approche si prometteuse.
Les traitements actuels doivent souvent accepter un compromis : détruire le cancer sans trop endommager les tissus sains.
La chimiothérapie, par exemple, touche aussi des cellules parfaitement normales, ce qui explique une grande partie de ses effets secondaires.
Cas12a2 poursuit un objectif différent.
Une différence génétique peut suffire à distinguer une cellule tumorale des cellules qui l’entourent.
En théorie, l’enzyme ignore les cellules qui ne portent pas la signature recherchée et ne s’attaque qu’à celles qui l’expriment.
Plus une tumeur est identifiable génétiquement, plus elle devient vulnérable.
L’idée est remarquablement élégante.
Au lieu d’attaquer la tumeur de l’extérieur, les chercheurs transforment sa propre mutation en condamnation.
Il reste encore de nombreuses étapes avant une utilisation chez les patients.
Mais si cette approche tient ses promesses, certaines cellules cancéreuses pourraient un jour porter en elles la clé de leur propre destruction.
Un « ciseau génétique » pour détruire les cancers réfractaires
Et si les cellules cancéreuses portaient en elles les germes de leur propre destruction, n’attendant qu’un simple signal pour s’autodétruire ? C’est la solution que propose une nouvelle application des ciseaux moléculaires CRISPR !
Historiquement, l’oncologie bloque sur les cancers dits « réfractaires » (qui ne répondent pas aux traitements), notamment ceux causés par la mutation du gène p53 (impliqué dans de nombreux cas humains). Quand ce gène protecteur mute, il perd sa forme, empêchant tout médicament classique de s’y accrocher pour le réparer.
Face à cette impasse, une équipe de chercheurs a eu l’idée de pirater le système de défense d’une bactérie : l’enzyme CRISPR-Cas12a2. Contrairement au célèbre Cas9 qui découpe l’ADN pour le modifier, Cas12a2 pratique la « politique de la terre brûlée ». Dans la nature, lorsqu’elle détecte un virus, elle s’active et déchiquette frénétiquement tout l’ADN environnant, provoquant le suicide de la cellule pour stopper l’infection.
Les scientifiques ont reprogrammé cette enzyme afin qu’elle s’attaque uniquement aux tumeurs humaines. Introduite dans la cellule malade, elle est conçue pour ne réagir qu’en présence de la signature génétique exacte du cancer (comme la mutation de p53). Dès qu’elle la repère, elle fragmente intégralement l’ADN de la cellule tumorale…
Cette méthode est remarquable par la précision de son ciblage. Une seule différence dans le code génétique suffit pour que l’enzyme épargne totalement les cellules saines. Capable de détruire les cellules cancéreuses les plus tenaces, celles devenues résistantes aux chimiothérapies, cette technologie transforme l’anomalie du cancer en une arme mortelle retournée contre lui-même.
« Non seulement cette approche nous permet de cibler les cancers que nous connaissons comme étant jusqu’ici considérés comme incurables, mais nous pouvons aussi l’adapter facilement et rapidement aux nouvelles mutations », explique Jennifer Doudna, co-auteure de l’article et prix Nobel de chimie pour ses travaux sur CRISPR-Cas9.